Rapport sur les Baumettes: «Les prisons ne sont pas imaginées pour se réinsérer»

INTERVIEW Barbara Liaras, de l'Observatoire international des prisons, fait un point sur les prisons françaises après la publication du rapport sur les Baumettes à Marseille ce jeudi...

Propos recueillis par William Molinié

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Cellule de confinement de la maison d’arrêt des hommes 3. Prison des Baumettes, Marseille.
Cellule de confinement de la maison d’arrêt des hommes 3. Prison des Baumettes, Marseille. — G. Korganow pour le CGLPL

Barbara Liaras, coordinatrice et membre permanente de l’Observatoire international des prisons répond aux questions de 20 Minutes après la publication ce jeudi matin au journal officiel d’un rapport alarmant de Jean-Marie Delarue, le contrôleur général des lieux de privation et de liberté (CGLPL), après une visite de dix jours de ses services à la prison des Baumettes à Marseille (Bouches-du-Rhône). 

Avez-vous été surprise par le constat dressé par le contrôleur général des Baumettes? 

Non, je ne suis pas étonnée, ce constat est le même depuis vingt ans. C’est extrêmement dur. Il y a des problèmes de violences, de racket. C’est un tableau très noir des conditions de détention. Mais il n’est pas spécifique aux Baumettes. Les prisons les plus récentes présentent certains des mêmes problèmes.

Comment expliquer cette situation? L’Etat y a pourtant réalisé des travaux…

C’est une situation très significative de la problématique des centres pénitentiaires. Les travaux entrepris ne changent rien car c’est un cataplasme sur une jambe de bois. Tant qu’on ne remettra pas en cause l’architecture de la prison, on n’y changera rien. Elle devrait être un lieu de socialisation. Or elle est faite de telle manière qu’aujourd’hui, tout empêche les liens entre les détenus et les surveillants. Les cellules, les coursives, la cour de promenade… Détenus et surveillants restent de chaque côté. Les prisons ne sont pas imaginées pour se réinsérer. C’est cela qui engendre les violences. Contre les surveillants, contre eux-mêmes (parfois le suicide) et contre les lieux. Autre explication, l’absence d’expression chez les détenus. Par exemple, les pétitions sont interdites et passibles de sanctions. Donc le seul mode de protestation qu’ils trouvent, c’est d’abîmer les murs. La gamelle de nourriture jetée par terre, c’est un moyen pour eux de protester contre l’administration pénitentiaire.

Entre la prison sécuritaire et ouverte, quelle est celle qui coûte le moins cher? 

Une prison fondée sur la sécurité dynamique, à savoir sans moyens techniques mais avec des interventions humaines et du personnel, coûte bien moins cher. Mais pour que ça fonctionne, il ne faut pas dépasser 300 personnes par sites. Donc il faut en construire plus. Ainsi, on ne pourra jamais partir sur cette idée si le nombre de détenus augmente constamment. Il faut arrêter les flux. Il est prouvé que l’accompagnement et le suivi coûtent moins cher que l’enfermement, à court terme et à long terme. L’enjeu n’est pas de construire de nouveaux centres si la prison reste la colonne vertébrale de l’échelle des peines. Les nouvelles prisons n’y changeront rien. Elles sont la déclinaison de la même idée, celle d’empêcher les relations humaines. Il n’y a qu’à regarder dans les prisons danoises: les problèmes de dégradation sont marginaux.

Pensez-vous que l’Etat ait pris conscience du problème? 

Il y a une certaine prise de conscience. La nouvelle garde des Sceaux va dans le bon sens. Beaucoup de choses sont à changer mais elles ne se feront pas du jour au lendemain. Depuis 2000, l’opinion publique sait désormais ce qui se passe derrière les murs. Mais elle n’a pas encore percuté les conséquences de ce constat. Une situation comme celle des Baumettes, connue publiquement, perdure. Il y a quelque part en France plus d’un millier de détenus qui subissent des «traitements inhumains». Et on laisse faire ça?