Arche de Zoé: Cinq ans d'affaire en cinq questions

JUSTICE Le procès de L'Arche de Zoé s'ouvre ce lundi à Paris, en l'absence d'Éric Breteau et Émilie Lelouch, à l’origine du projet...

Aurélie Delmas

— 

Des membres de l'ONG «Arche de Zoé», dont Emilie Lelouch et Eric Breteau (à gauche), le 26 octobre 2007 à Adeche (Tchad)
Des membres de l'ONG «Arche de Zoé», dont Emilie Lelouch et Eric Breteau (à gauche), le 26 octobre 2007 à Adeche (Tchad) — AFP

Cinq ans après les faits, les membres de l’association L’Arche de Zoé vont devoir s'expliquer devant la justice française. Ils sont jugés jusqu’au 12 décembre pour avoir tenté de faire venir en France 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour. 20 Minutes fait le point sur l’affaire.

Qui sont les protagonistes?

Eric Breteau et sa compagne Emilie Lelouch, les protagonistes de cette affaire, seront absents, ce lundi, lors de l’ouverture du procès devant le tribunal correctionnel de Paris. Ce sont eux qui avaient monté, en 2007, une expédition destinée à faire venir les enfants en France. Le couple vit actuellement en Afrique du Sud; Eric Breteau, sous contrôle judiciaire, y louerait des chambres d'hôtes tandis qu'Emilie Lelouch aurait créé une compagnie de cirque avec des artistes locaux.

Seuls quatre prévenus sont présents: le médecin Philippe van Winkelberg, le logisticien Alain Péligat, la journaliste Agnès Pelleran et Christophe Letien, un membre de l’association resté en France.

Les juges ont, en revanche, conclu au non-lieu concernant l'infirmière Nadia Merimi et le pompier Dominique Aubry.

Deux mois après leur arrestation au Tchad, les six membres de l’association avaient été condamnés à huit ans de travaux forcés. Ils avaient été transférés en France puis graciés fin mars 2008 par le président tchadien, Idriss Deby.

Que leur reproche-t-on?

A la tête de l’association en 2007, Eric Breteau a pour but d’«exfiltrer» 300 orphelins du Darfour vers la France, via le Tchad. Par le site Internet de son association, il lance un appel aux familles françaises susceptibles d’accueillir ces enfants. Près de 600 foyers versent de l’argent à L’Arche de Zoé.

Sur place, les membres de l'association et la journaliste Agnès Pelleran visitent les camps de réfugiés et proposent à des chefs de village de leur confier des orphelins afin de les recueillir dans un dispensaire.

Le 27 octobre 2007, 17 Européens dont neuf français sont arrêtés sur le tarmac d’un aéroport à Abéché, au Tchad. Ils s’apprêtaient à embarquer 103 enfants couverts de faux pansements, qu’ils ont présentés comme des orphelins du Darfour en proie à la guerre civile.

Qui étaient ces enfants?

Promis à des familles d'adoptants en France, les enfants étaient en réalité pour la plupart tchadiens et n’étaient pas orphelins. Une enquête menée par l’Unicef et la Croix-Rouge conclut que 85 des 103 enfants «proviennent de villages de la région frontalière entre le Tchad et le Soudan (…) 91 des enfants se sont référés à un environnement familial constitué d'au moins une personne adulte qu'ils considèrent comme un parent [et] ne peuvent donc être considérés comme orphelins.»

Transformé en comité de soutien, le site Internet de l’association continue à prétendre le contraire, dénonçant «les mensonges de l’Unicef».

Que risquent les membres de l’association?

Poursuivis pour «escroquerie», «exercice illégal de l’activité d’intermédiaire pour l’adoption» et «aide à l’entrée et au séjour irrégulier en France», les prévenus encourent des peines allant d’un à dix ans de prison. Le président de l'association et sa compagne risquent la peine la plus lourde: dix ans de prison et 750.000 euros d'amende.

Qu’espèrent les familles tchadiennes et françaises?

Les parents des 103 enfants tchadiens que L'Arche de Zoé avait tenté d'emmener attendent un geste de la France. Pour rappel, le 26 décembre 2007, un mois après leur arrestation, les six Français ont été condamnés aux travaux forcés et 6,3 millions d’euros de dommages et intérêts. Trois mois plus tard, le Tchad a gracié les membres de l’association, mais la question des dommages et intérêts reste entière. Selon les autorités tchadiennes, la France se serait engagée à verser la somme en échange du retour en France des membres de l'association.

En France, une vingtaine de familles françaises, parmi les 358 qui avaient payé l’association pour accueillir des enfants, se sont constituées partie civile. Elles estiment que L'Arche de Zoé a abusé de leur désir d'enfant, en jouant sur «les sentiments, l'affectif».