A la recherche de nouvelles drogues

STUPEFIANTS Le laboratoire des douanes détecte des substances illicites inédites tous les ans...

William Molinié

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Diverses drogues illégales vendues sur le site Silk Road.
Diverses drogues illégales vendues sur le site Silk Road. —

C'est la caverne d'Ali Baba du toxicomane. Cocaïne, cannabis, opium, GHB, méthamphétamine… Liquide, sous forme de barrettes, de comprimés ou d'herbe. Le service commun des laboratoires des douanes, niché en plein cœur de Paris, conserve dans une grande armoire les échantillons des substances illicites saisies par les agents.

Depuis 2009, la dizaine de chimistes qui travaille dans ce laboratoire a vu son activité muter vers une course frénétique à la découverte de nouveaux produits. Des drogues de synthèse dont les molécules sont modifiées par les trafiquants afin d'échapper à la législation sur les stupéfiants.

Une odeur de barbe à papa

«En moyenne, nous découvrons une à deux nouvelles substances chaque mois», explique Catherine Lamoureux, responsable stupéfiants au laboratoire des douanes. Ces nouvelles drogues ont ceci de particulier que seule l'analyse scientifique de la molécule peut permettre de les identifier et de les classer comme stupéfiants.

Mais avant que l'Etat ou l'Europe ne légifèrent, il peut se passer plusieurs mois durant lesquels les trafiquants épuisent leur substance sur Internet en toute impunité. En août, le ministère de la Santé a classé l'intégralité des drogues de synthèse de la famille des cathinones, une substance chimique provenant des feuilles d'un arbuste africain, comme stupéfiants. Si certaines étaient déjà illégales, comme la méphédrone dès 2010, leur achat sur Internet, où elles sont vendues comme «sels de bains» , a fait de nombreux adeptes pour ses propriétés hallucinogènes proches de l'amphétamine. Ces drogues de synthèse, en provenance des Pays-Bas, de Nouvelle-Zélande ou d'Asie, se déclinent sous des packagings séduisants et à l'odeur parfois alléchante de barbe à papa. Au point qu'elles ont été surnommées «designers drugs».

Les inquiétudes se portent surtout sur les cannabinoïdes de synthèse qui reproduisent les effets du haschich, sans que l'on sache véritablement les conséquences sur la santé. La plus connue, interdite, est le «Spice». «On remarque que ces substances peuvent changer d'un sachet à l'autre. Les consommateurs pensent avoir affaire à du cannabis naturel. Ce qui est faux», précise Catherine Rossi, chimiste au service commun du laboratoire. Le phénomène dépasse largement la France. Au total, 49 nouvelles drogues de synthèse ont été détectées en 2011 et plus de 50 en 2012, a noté l'Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), dans un rapport publié à la mi-novembre.