Fred Bladou mène une vie de malade

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Contaminé à 18 ans, Fred est «un militant de l'égalité des droits, en général».
Contaminé à 18 ans, Fred est «un militant de l'égalité des droits, en général». — VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

« André 23, occupe-toi de ton culte. » Jeudi, avec une quarantaine d'activistes « trans, pédés, gouines », Fred Bladou manifeste place Edouard-Herriot à Paris, à deux pas de l'Assemblée où le cardinal donne son point de vue sur le « mariage pour tous » aux parlementaires. L'homme de 44 ans a beau travailler pour Aides, il se définit avant tout comme « un militant de l'égalité des droits, en général. Et pas seulement des malades du sida, des gays, des lesbiennes ou des trans. » Contaminé à 18 ans, en 1986, il ne ressemble pas à l'image que l'on peut se faire d'une personne atteinte par le virus depuis vingt-six ans. Avec sa doudoune à capuche bordée de fourrure et sa casquette, il ressemble plus à un lascar chic qu'à un malade. Pourtant, il fait partie des 10 % de personnes contaminés dans les années 1980 qui sont encore vivantes. « Jusqu'en 1995, j'assistais à près de deux enterrements par mois. » En 1996, les premières trithérapies arrivent : « Ça m'a sauvé », explique-t-il. Mais elles ne l'empêchent pas de toucher le fond. Malade, il se retrouve sans travail, sans revenus et sans appartement cloué dans un fauteuil à cause d'une maladie des os. Il commence à remonter la pente grâce au dispositif social de la Mairie de Paris, qui lui permet d'obtenir un logement, « une première pierre dans sa reconstruction ». Aujourd'hui, tout va bien à part « un petit coup de fatigue », de temps en temps. Ce jeudi, il tient la forme. Il a dormi « cinq heures et ne se couchera pas avant minuit ». Car il a de nombreux combats à mener.Vincent Colas