Terrorisme: «Je pensais finir en héros»

DJIHAD «20 Minutes» a recueilli le témoignage d'un ancien djihadiste alors que l'Assemblée examine ce mardi le projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme...

Vincent Vantighem

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Des combattants d'Allah (capture d'écran d'une vidéo djihadiste)
Des combattants d'Allah (capture d'écran d'une vidéo djihadiste) — SIPA

«La menace terroriste demeure en France à un niveau très élevé», estime Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur. Huit mois après l'affaire Merah, l'Assemblée nationale examine, ce mardi en soirée, le projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme. Déjà adopté par le Sénat, ce texte permettra de «poursuivre plus efficacement les personnes ayant participé à des camps d'entraînement terroriste à l'étranger.» 20 Minutes a justement recueilli le témoignage d'un ancien djihadiste.

Il assure avoir tiré «un gros trait épais» sur cette partie de sa vie. «Aujourd'hui, j'ai un travail et une famille. J'ai une petite fille et ma femme attend un garçon…», explique Julien*. Mais il y a quelques années, ce trentenaire, installé aujourd'hui dans le sud de la France, était un apprenti djihadiste. Condamné à cinq ans de prison pour «association de malfaiteurs», ce converti à l'islam a été arrêté en Syrie alors qu'il voulait entrer en Irak pour combattre «l'occupant américain».

Pèlerinage à la Mecque

«Tout a commencé lors du pèlerinage à La Mecque, confie-t-il. Je me suis dit: “Pourquoi pas étudier ici?”» Son dossier accepté, le jeune homme se retrouve à l'université de Médine (Arabie saoudite). «Rapidement, j'ai rencontré des Algériens, des Syriens… Selon eux, mon profil était idéal pour faire du renseignement, pour servir la cause…»

Le projet met du temps à mûrir. «Les discussions ont duré trois ans. La propagande a commencé à faire son effet. Et l'invasion américaine en Irak a servi de déclencheur.» Un simple baluchon sur le dos, Julien prend alors la route avec ses compagnons de l'Armée des moudjahidin. Arabie saoudite. Jordanie. Il atterrit finalement en Syrie. «On se savait sous surveillance. Alors on s'est planqués dans un petit appartement.»

Entre les cinq prières quotidiennes, Julien continue à lire des ouvrages de propagande et à regarder des vidéos violentes. «On se documentait sur comment mener une guérilla contre les Américains. Je pensais finir en héros, porté par la population irakienne. Personne ne te dit jamais que tu vas tuer des femmes et des enfants en te faisant exploser sur un marché…» Dans l'appartement, quelques armes circulent. «On voulait les faire entrer en Irak. J'étais jeune et naïf.» Arrêté alors qu'il s'apprêtait à passer à l'acte, Julien a «croupi» deux mois dans les geôles syriennes avant d'être expulsé. «Je n'y pense plus trop. Mais je suis toujours musulman pratiquant.»

* Le prénom a été modifié