Une situation « irrationnelle »

Alexandre Sulzer

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Après le ping-pong verbal par communiqués interposés, les déclarations des avocats et l'action des huissiers. Lundi, la guerre de tranchées Copé-Fillon s'est déplacée sur le terrain judiciaire. Au grand dam d'Alain Juppé, qui estime que « transférer cette querelle aux mains de la justice, tout à fait à l'extérieur du mouvement, c'est aggraver la cassure et augmenter les risques d'explosion ».
Dans la matinée, un huissier s'est présenté au siège de l'UMP pour saisir à titre conservatoire les éléments constitutifs des résultats du vote (procurations, liste d'émargement…). Conservés au siège de l'UMP, l'équipe Fillon considère qu'ils ne sont pas « à l'abri de manipulations ou d'altérations » de la part des copéistes. Ambiance.
Ulcéré par le fait que Fillon ait déposé un recours auprès du tribunal de grande instance de Paris en fin de semaine dernière, avant même que la médiation Juppé ne tourne à l'échec, Jean-François Copé s'y est alors opposé.

Sarkozy pour qu'on revote
Les avocats de Jean-François Copé font valoir que l'huissier a « pu constater que l'ensemble des documents était en sûreté dans une pièce placée sous contrôle d'un (autre) huissier ». Ce premier bras de fer judiciaire risque bien d'être le premier d'une longue série, puisque l'équipe de Fillon prépare une action au civil pour demander l'annulation de l'élection. Ce qui impliquerait l'organisation d'un nouveau scrutin au cas où le juge invaliderait les résultats. Copé, lui, pourrait bien déposer une plainte au pénal, qui aurait pour effet de suspendre immédiatement la procédure civile de son adversaire. Lundi soir, l'entourage de Nicolas Sarkozy confiait qu'il jugeait la situation de l'UMP « irrationnelle ». L'ancien président estimerait même préférable de revoter.

bis repetita

Pour la troisième fois en une grosse semaine, Jean-François Copé a revendiqué lundi sa victoire à l'élection. Cette fois, il se base sur le décompte de la commission des recours, une instance interne dont François Fillon ne reconnaît pas la légitimité. Celle-ci a déclaré le député-maire de Meaux président du parti avec 952 voix d'avance, alors qu'il n'en avait que 98 lors de la première proclamation lundi dernier. François Fillon a immédiatement dénoncé un « coup de force » et une « décision illégale ».