Affaire Bettencourt: Nicolas Sarkozy est-il vraiment sorti d'affaire?

JUSTICE Après une audition-fleuve, le juge Gentil a placé Nicolas Sarkozy sous le statut de témoin assisté. Une décision que l'ancien président interprète comme une victoire...

Aurélie Delmas avec agences

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Nicolas Sarkozy quitte le palais de justice de Bordeaux le 22 novembre 2012
Nicolas Sarkozy quitte le palais de justice de Bordeaux le 22 novembre 2012 — Bob Edme/AP/SIPA

Nicolas Sarkozy s’est dit «soulagé» de n'avoir pas été mis en examen dans l'enquête sur la fortune de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt. Selon son avocat, il a simplement été victime d'une confusion. Mais est-il définitivement sorti d’affaire? 20Minutes fait le point.

Nicolas Sarkozy est-il protégé par le statut de témoin assisté?

L'ancien président s'est vu notifier ce jeudi le statut de témoin assisté après une audition de douze heures à Bordeaux (Gironde).

Ce statut, entre témoin simple et mis en examen, signifie que le juge d’instruction considère qu’il existe des indices «rendant vraisemblable qu’il ait pu participer» à l’infraction.

Un changement de statut vers une mise en examen reste procéduralement possible d'ici la fin de l'instruction. C’est ce qui était arrivé à Jacques Chirac en 2007, mais cette hypothèse apparaît comme peu probable au vu des investigations déjà menées.

Sarkozy a-t-il déjà tourné la page?

Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas sarkozy, estime désormais que son client ne risque plus rien dans cette affaire. «Par définition, un témoin assisté ne peut pas faire l'objet d'un quelconque procès et donc pour lui, pour moi (cette affaire Bettencourt) est une affaire qui n'existe plus», a-t-il tranché sur Europe1, espérant «qu'on lui concédera le bénéfice de l'innocence pure et simple à partir du moment où les juges, après 12 heures d'audition, ont estimé qu'il n'y avait aucune charge, aucun indice grave et concordant».

Nicolas Sarkozy a toujours nié toute malversation dans ce dossier.

Sauvé par une confusion orthographique?

Les juges d'instruction ont interrogé l’ancien chef de l’Etat sur son emploi du temps, notamment un rendez-vous prévu avec «Betancourt» à la date du 5 juin 2007.

Pour Thierry Herzog, il s'agit d'une confusion avec Ingrid Betancourt, qui était à l'époque otage des Forces armées révolutionnaires colombiennes (Farc).

«C'est sur un tableau qui est fait où très curieusement on indique que Nicolas Sarkozy a reçu la famille Betancourt, B-E-T-A-N-C-O-U-R-T», a-t-il souligné. «Le juge fait cette mention entre parenthèses: ‘Nom mal orthographié'(…) Le nom est bien orthographié, il s'agissait de la famille d'Ingrid Betancourt», a-t-il dit, estimant que «le juge Gentil l'a reconnu et l'a acté».

L’avocat reconnaît une audience d’«un quart d’heure» à l’Elysée avec Liliane Bettencourt, «première contribuable de France », le 5 novembre 2008, mais juge «injurieux» d’envisager un abus de faiblesse.

Qu’en pense sa famille politique?

Du côté de l’UMP, les soutiens sont unanimes. L'absence de mise en examen «montre bien qu'il n'y avait rien dans le dossier», a estimé vendredi sur RTL François Fillon, pour qui l'affaire «est close». «S'il y avait eu la moindre possibilité ou le moindre doute, il me semble que, compte tenu de l'acharnement dont (le juge) a fait preuve, la mise en examen aurait été prononcée» a ajouté l’ancien Premier ministre.

La veille, le député-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Patrick Balkany, a expliqué avoir eu au téléphone Nicolas Sarkozy après son audition: «J'allais presque dire que c'est déjà, je l'espère, une affaire qui n'existait pas et qui n'existe plus.»

Du côté de l’opposition, le Parti Socialiste estime qu’il est «légitime que la justice s'applique à tous de la même manière».

Qui reste mis en cause?

Si les éléments d'enquête impliquant personnellement et directement Nicolas Sarkozy font défaut, son entourage n’est pas mis hors de cause pour autant. Patrice de Maistre, ancien gestionnaire de fortune des Bettencourt, et Eric Woerth, trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy à l’époque des faits,

ont été mis en examen

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