Affaire Bettencourt: Qui est le juge Gentil?

JUSTICE Le juge d'instruction est souvent présenté comme un homme rigoureux et incorruptible...

Aurélie Delmas avec agences

— 

Le juge Jean-Michel Gentil lors d'une manifestation devant le Palais de justice de Paris en 1998
Le juge Jean-Michel Gentil lors d'une manifestation devant le Palais de justice de Paris en 1998 — WITT/SIPA

Discret, distant et efficace. Le juge Gentil n’a pas hésité à mettre en examen un ancien président de la République. Natif de Saumur, fils d'un garagiste du Maine-et-Loire, le mystérieux juge a été formé à Sciences Po Bordeaux. Licencié en droit, il est classé 42e sur 243 à l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), où il choisit de faire carrière dans l’instruction.

Autant que possible, il fuit les médias, les photographes, et tout ce qui pourrait troubler ses enquêtes minutieuses. A 52 ans, il a effectué toute sa carrière en tant que juge d’instruction. Il passe d’abord sept années dans le Nord, où il se forge une réputation d'intransigeance.

Le coup de pied dans la fourmilière

A Nanterre, dans les années 1990, Jean-Michel Gentil s'attaque à des policiers et démantèle les réseaux parisiens de proxénétisme. Une dizaine d’années plus tard, en Corse, il met en examen l’avocat Antoine Scollacaro, un ténor du barreau qui a été assassiné au mois d’octobre dernier. Pour protester, les avocats corses cadenassent les grilles du tribunal. Jean-Michel Gentil «est descendu devant nous (une soixantaine d'avocats) et nous a demandé d'ouvrir, raconte Me Camille Romani, alors bâtonnier du barreau d'Ajaccio, à l’AFP. Il n'est pas du genre à se laisser impressionner, mais pas non plus à reconnaître ses torts.»

En décembre 2010, le juge Gentil reprend le dossier Bettencourt à Bordeaux. Il doit déterminer si les Bettencourt ont financé dans des proportions dépassant les seuils légaux la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Et il n’hésite pas à utiliser des méthodes musclées pour faire la lumière sur l’affaire. Parmi ses coups de force: avoir réussi à faire accepter à Liliane Bettencourt une expertise médicale qui rend l'abus de faiblesse incontestable.

Le juge fait incarcérer acteurs-clés du dossier. Le photographe François-Marie Banier passe deux nuits de prison avant son audition en décembre 2011. Patrice de Maistre, l’ex-comptable des Bettencourt, ne bénéficiera pas plus d’un traitement de faveur. Des mandats d’amener dénoncés par leurs avocats, qui estiment qu’une simple convocation aurait suffi.

Droit dans ses bottes

Il a même convoqué le procureur Philippe Courroye, trop proche de Nicolas Sarkozy, qui dirigeait l'enquête sur le dossier Bettencourt avant lui, pour qu'il s'explique sur ses multiples rendez-vous avec l’ancien président.

Pour gérer le dossier d’une main de fer, il travaille isolé. Le transfert du dossier Bettencourt s’est accompagné de la commande de deux armoires fortes et l'installation d'une vitre opaque à l'entrée de la JIRS, pour décourager les curieux, rappelle l’AFP.

«On ne le voit pas à la cafétéria. Quand il sort de son bureau, c'est pour aller dans celui de sa femme, elle aussi magistrate», raconte un fonctionnaire au quotidien Sud Ouest. Jean-Michel Gentil est celui qui dirige, et a la réputation d’un homme pas particulièrement aimable, voire hautain. Souvent dur dans la conduite des audiences et des interrogatoires, il a tendance à agacer les avocats, qui goûtent peu sa toute-puissance.

Dans l'affaire Bettencourt, Jean-Michel Gentil est co-saisi avec deux autres juges. Nommé en 2004 à Bordeaux pour dix ans, le juge devra choisir un nouveau poste d'ici fin 2013.