«Je déclare avoir été violée»: Le manifeste sera publié ce jeudi par le «Nouvel Observateur»

Aurélie Delmas
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Clémentine Autain en meeting à Lille, 2010
Clémentine Autain en meeting à Lille, 2010 — BAZIZ CHIBANE/SIPA

«En France, une femme est violée toutes les huit minutes. Le viol est un fait banal, massif. Il détruit physiquement et moralement. Et pourtant, il relève du tabou. On peut raconter dans un dîner entre amis ou avec ses collègues de bureau que l'on a été victime d'un attentat ou que l'on a perdu un proche ou subi un cambriolage. Avec le viol, silence radio. (...) Il est temps de libérer la parole, condition sine qua non pour en finir avec le viol (...) Je déclare avoir été violée. Le dire publiquement, ensemble, est un acte politique. Ce manifeste est une interpellation des pouvoirs publics et de la société tout entière pour favoriser l'émergence de notre parole, ici et maintenant ».

C’est le court texte du manifeste que signent cette semaine 313 femmes, célèbres ou non, pour briser le tabou sur ce fait social qui touche toutes les couches de la société.

«Parler d’un viol, ça ne se fait pas»

En avril 1971, le Nouvel Observateur barrait sa une avec le Manifeste des 343. Un texte pour la légalisation de l'avortement, rédigé par Simone de Beauvoir. Quarante et un ans plus tard, le magazine publie le Manifeste des 313, signé par des femmes qui déclarent ouvertement avoir été violées.

A l'origine du texte et première signataire, la féministe et militante de la gauche radicale Clémentine Autain. Dans une vidéo elle dénonce: «Nous ne savons pas la banalité, l’ampleur que recouvre encore le viol aujourd’hui. On peut dire à table, dans un dîner qu’on a été victime d’un cambriolage, qu’on a un cancer ou qu’un de nos parents est décédé mais parler du viol ça ne se fait pas». En 2011, Clémentine Autain a publié Un jour… combattre le viol, dans lequel elle révélait avoir été victime de ce drame à 22 ans.


Clémentine Autain lance le manifeste "Je déclare... par LeNouvelObservateur

Une femme sur dix violée au cours de sa vie

Or «le tabou fait le jeu des violeurs» c’est ce qui explique que seule une femme sur huit ou neuf porte plainte.

Les autres signataires ont entre 18 et 87 ans. Certaines sont connues, comme Marie-Laure de Villepin, l'ex-épouse de l'ancien Premier ministre, la scénariste Frédérique Hébrard ou l'ex-joueuse de tennis Isabelle Demongeot, qui a déclaré avoir été violée pendant neuf ans par son entraîneur Régis de Camaret, dont le procès se tient en ce moment.

Chaque année, 75.000 femmes et autant d'enfants sont violés en France, soit un viol toutes les huit minutes, une femme sur dix. Pourtant, seule une femme sur huit ose porter plainte. Contrairement aux idées reçues, 80% de  ces viols sont commis par un proche, conjoint, père, grand-père, ami de la famille ou patron.