Tout comprendre aux assassinats en Corse

SOCIÉTÉ ors que deux attaques ont coûté la vie à des personnalités corses proches d'Alain Orsoni ces dernières semaines, 20Minutes fait le point sur la flambée de violence qui inquiète la métropole...

Aurélie Delmas

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Vue prise le 3 août 2009 du golf de Sperone près de Bonifacio à l'extrême sud de la Corse.
Vue prise le 3 août 2009 du golf de Sperone près de Bonifacio à l'extrême sud de la Corse. — STEPHAN AGOSTINI/AFP

Peut-on parler d’une vague de règlements de compte en Corse?

En réalité, cela fait quelques années que la criminalité a augmenté sur l’île de beauté. «Rien de nouveau sous le soleil de la violence. On recense 30 homicides ou tentatives d’homicides par an depuis vingt ans» sur une population de 300.000 habitants, relativise Fabrice Rizzoli, auteur du Petit dictionnaire énervé de la mafia.

La Corse est, de loin, la région française où sont commis le plus d’homicides et de tentatives d’homicides. Et les violences ne datent pas d’aujourd’hui, dans les années 1990, au plus fort de la guerre entre différents groupes nationalistes, on a pu compter jusqu'à 80 meurtres par an, contre 17 en 2012. «Néanmoins depuis 2006, les cibles sont des indvidus de la société civile ce qui est rare sur l'île et qui tendrait à prouver que nous sommes en présence d'une guerre économique qui implique des hommes d'affaire de tout bord», précise Thierry Colombié, spécialiste du grand banditisme.

Qui affronte qui?

En 2006, Jean-Jérôme Colonna, «parrain» qui régnait sur le Sud de l’île, se tue dans un accident de voiture. Certains groupes du Nord veulent en profiter pour  mettre la main sur de nouveaux territoires. «Il faisait figure de juge de paix et sa mort a laissé place à une guerre de succession», analyse Fabrice Rizzoli qui refuse de s’avancer sur les acteurs de ces crimes.

Alain Orsoni, ancien leader du Mouvement pour l’autonomie, pourrait être au cœur de cette guerre des clans. Quatre de ses amis ont été assassinés en deux ans. Parti de Corse en 1996, l’homme d’affaire et président du club de football de l'AC Ajaccio est revenu d’exil en 2008.

Dans le Sud, de nouveaux gangs ont émergé après la mort de «Jean-Jé», notamment le clan du Petit Bar. En 2008, la bande aurait essayé de s’en prendre à la vie d’Alain Orsoni. Le fils de ce dernier est soupçonné d’être l’auteur de quatre assassinats de proches de ce groupe. Au nord subsiste le gang de la Brise de Mer, né dans les années 70 qui connaît aujoud’hui des tensions internes.

Quel est le motif de ces attaques: l’argent ou la politique?

«J’ai tendance à privilégier la piste des affaires, risque Fabrice Rizzoli. Tuer tout un groupe pour des motivations uniquement politiques me paraît étrange.» Une analyse partagée par Thierry Colombié qui met en cause «l'argent, (...) la Corse est une mine d'or qui est très peu exploitée et la ruée vers l'or est d'abord une affaire de "gros sous" surtout lorsque les "riches" ne veulent pas partager l'accès à la mine..»

Dans l’enquête sur le meurtre de Jacques Nacer, proche d’Orsoni et secrétaire général de l’AC Ajaccio, trois pistes principales sont envisagées: un règlement de comptes, une vengeance personnelle ou un dossier lié au club de football de l’ACA dont il était secrétaire général.

Le gouvernement lui-même a pointé du doigt les secteurs du BTP, du tourisme et de l'immobilier, comme étant source «d'affairisme» dans l'île. En clair, des entreprises, des associations, ou des clubs sportifs, serviraient à blanchir l’argent du crime.

Comment le gouvernement peut-il réagir?

Le gouvernement a annoncé dix mesures contre le crime organisé en Corse. «L'Etat ne capitule pas, l'Etat ne recule pas» en Corse, a affirmé Christiane Taubira.  

Des paroles qui devront être suivies d’effets pour Fabrice Rizzoli qui milite pour la mise en place d’outils spécifiques comme en Italie: délit d’association mafieuse, confiscations administratives des biens… «Il faut pouvoir s’attaquer aux biens car on ne pourra pas mettre tout le monde en prison. Et les biens saisis doivent être redistribués à la société civile afin de montrer que le crime ne paie pas.»

Les 16 meurtres précédents de 2012 n'ont pas trouvé de solution judiciaire, et les dizaines de dossiers liés au grand banditisme corse traités à la juridiction spécialisée de Marseille (Bouches-du-Rhône) n'ont abouti qu'à une poignée de procès.