Journée de la gentillesse: Que perd-on à être gentil?

SOCIÉTÉ rçue positivement, la gentillesse peut aussi être considérée comme une preuve de faiblesse et ne garantit pas la popularité...

Nicolas Bégasse

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Illustration: Une poignée de main dans un paysage champêtre.
Illustration: Une poignée de main dans un paysage champêtre. — SUPERSTOCK/SIPA

A l’occasion de la journée de la gentillesse qu’il a importée en France il y a trois ans, le magazine Psychologies a demandé à un jury de journalistes politiques quel est l’homme politique français le plus gentil. François Hollande a reçu le prix, mais il n’a pas forcément de quoi se réjouir, car la gentillesse est une vertu douce-amère. En cette journée de la gentillesse, 20 Minutes vous explique pourquoi.

D’abord parce qu’elle ne rend pas populaire. Le jour même où il a reçu son prix, François Hollande a vu sa cote de popularité baisser à 41% de jugements favorables, selon le baromètre Ipsos pour Le Point. Ensuite parce qu’elle est connotée: «Bonne poire», «trop bon, trop con»: les expressions populaires sont les premières à signaler que la gentillesse peut être un défaut. Et Michel Sapin, ministre du Travail, n’est pas le dernier. Invité à réagir au prix de la gentillesse remporté par François Hollande, il a confirmé que le président «a une vraie gentillesse» tout en soulignant que «si on est trop gentil c'est qu'on manque d'autorité».

«Aujourd’hui on n’aime pas être gentil»

Au-delà du cas Hollande, les personnes gentilles ne sont pas forcément bien perçues, confirme le professeur de philosophie Emmanuel Jaffelin, auteur de deux ouvrages sur la gentillesse, dans un entretien accordé à l’agence Sipa. Evoquant l’«ambiguïté» historique du mot «gentil», il soutient qu’«aujourd’hui on n’aime pas être gentil, parce qu’on se place du côté des faibles». Il l’explique en parlant de la société occidentale, «cynique», en opposition à la gentillesse, qui est «altruiste».

Un cynisme qui peut payer: en 2011, un recueil d’études démontrait la tendance des salariés vus comme «désagréables» à être mieux payés que leurs collègues faisant preuve de gentillesse. Une tendance plus sensible chez les hommes que chez les femmes, le manque de gentillesse étant selon l’étude perçu comme une preuve de virilité et de confiance en soi, elles-mêmes considérées comme des qualités au travail. D’ailleurs, selon la psychologue Yolande Mainka, interrogée ce mardi par le Dauphiné Libéré, «la gentillesse peut traduire un manque de confiance en soi, une incapacité à dire non et une peur du conflit.»

Le paradoxe de la confiance en soi

Une perception négative de la gentillesse perçue par une majorité de Français, selon un sondage TNS Sofres réalisé en novembre 2010. Interrogés sur les raisons qui les empêchent d’être gentils, 41% d’entre eux évoquaient «la peur de se faire avoir ou d’être pris pour un(e) imbécile» et 32% l’envie de «se faire respecter et garder une autorité sur les autres». Mais étonnamment, dans la même enquête, les Français positivent largement la notion de gentillesse: on apprécie les gentils, mais on craint de l’être soi-même.

Parfois à tort: selon la psychologue Yolande Mainka, si une gentillesse forcée peut être perçue négativement, à l’inverse, une «authentique gentillesse» peut être la marque d’une bonne confiance en soi. «Et tout acte de gentillesse engendre de la gentillesse par un effet boule de neige», souligne-t-elle. Et le philosophe Emmanuel Jaffelin souligne que la société «a besoin de gentillesse». Une vertu peut-être risquée à adopter, mais nécessaire et bien vue. Après tout, l’image de «gentil» de François Hollande ne date pas d’hier, et elle ne l’a pas empêché de devenir Président –dût-il être «président des bisous».