Travailleurs étrangers: «Ils sont plus facilement manipulables»

EMPLOI Des centaines de milliers de personnes travailleraient en France à prix cassé...

Mathieu Gruel

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Selon une note du ministère du Travail, 220.000 à 300.000 travailleurs étrangers «low-cost» seraient actuellement en France
Selon une note du ministère du Travail, 220.000 à 300.000 travailleurs étrangers «low-cost» seraient actuellement en France — SOUVANT GUILLAUME/SIPA

Le fameux «plombier polonais» ne serait plus seul. Et peut-être plus vraiment plombier. Selon Le Parisien de ce mardi, le nombre de travailleurs «low-cost» aurait en effet explosé en France, passant de 110.000 salariés en 2010, à 220.000 voire 300.000 actuellement, selon une note du ministère du Travail.

Le mythe du «plombier polonais» refait donc surface. Et ce, malgré l’enterrement de la directive Bolkeinstein, qui avait permis à cette expression d’émerger en 2005, en permettant à tous les ressortissants de l’Union européenne de travailler aux conditions sociales de leur pays d’origine.

«Concurrence déloyale»

Depuis, Espagnols, Portugais, Slovaques viendraient également grossir les rangs. Dans un communiqué publié ce mardi, la Fédération française du bâtiment évoque en effet «la concurrence déloyale, dont la concurrence étrangère et l’auto entreprenariat, comme principale difficulté». Toujours d’après le communiqué, «en 2012, près d’un entrepreneur sur deux (44%) dénonce d’ailleurs cette concurrence».

«Nous ne jouons pas dans la même cour», se désole Didier Ridoret, le président de la Fédération. Face au «smic roumain à 130 euros» et à «l’envie de ces gars, pour qui travailler est parfois une question de survie», difficile pour les  travailleurs français de rivaliser.

Phénomène en augmentation

Cette réalité, Philippe Christmann, administrateur de la CGT Construction, bois et ameublement, a pu la constater sur le terrain. Notamment sur le chantier de rénovation des HLM du quartier Bel-Air à Montreuil (Seine-Saint-Denis). «Il y a effectivement de plus en plus d’Espagnols, de Polonais… C’est un phénomène en augmentation», a détaillé à 20 Minutes le syndicaliste. Et pour cause, en France, «ils touchent quatre fois plus que ce qu’ils gagnent dans leur pays».

Sauf que cela se fait au détriment de certaines règles. Conventions collectives pas respectées, contrats individuels à la tête du client… Le problème, c’est que ces ouvriers polonais «sont plus facilement manipulables. Ils ont le trouillomètre au plus haut», explique le syndicaliste. «Ils ne parlent pas facilement et il y a le chantage du retour au pays, qu’exercent leurs employeurs. Ils ont peur de perdre leur boulot».

Droits des salariés

L’embauche de cette main-d’œuvre peu chère se ferait d’ailleurs «par le bouche-à-oreille». Et d’après Philippe Christmann, ce serait même «un vrai méli-mélo». Il n’est ainsi pas rare «de découvrir qu’une entreprise étrangère s’installe en France et fait venir des gens de leurs familles pour travailler».

Dans ces conditions particulières, difficile de faire respecter les droits de ces salariés, «qui ont pourtant les mêmes que tous les travailleurs», assure le syndicaliste.

«Main-d’œuvre pas chère»

Cet afflux de travailleurs étrangers impacte donc un marché du travail déjà bien bancal. «Le nombre d’entrepreneurs est surdimensionné par rapport à la demande réelle. Ce que nous redoutons, c’est que des entreprises transgressent les règles et fassent bosser cette main-d’œuvre pas chère».

Et que cela se fasse une fois de plus au détriment des travailleurs français. «C’est pourquoi nous demandons plus de contrôles et une modification législative», ajoute Didier Ridoret. «Parce que, pour l’instant, on marche un peu sur la tête».