Affaire Merah: Que risque Souad Merah, «fière» de son frère Mohamed?

JUSTICE Une enquête préliminaire pour «apologie du terrorisme» a été ouverte après la diffusion de ses propos dimanche soir sur M6...

Nicolas Bégasse

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Capture d'écran de l'émission «Enquête exclusive» diffusée sur M6 le 11 novembre 2012 montrant Souad, la soeur de Mohamed Merah.
Capture d'écran de l'émission «Enquête exclusive» diffusée sur M6 le 11 novembre 2012 montrant Souad, la soeur de Mohamed Merah. — 20MINUTES.FR

Peut-on être condamné pour des propos tenus dans un cadre privé, enregistrés à son insu et diffusés à la télévision? C’est la question que vont devoir se poser les policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la PJ de Paris, qui s’est vu confier lundi par le parquet de Paris une enquête préliminaire pour «apologie du terrorisme» visant la sœur de Mohamed Merah.

Filmée en caméra cachée dans un reportage diffusé par M6 dimanche soir, la soeur du tueur de Toulouse et Montauban, Souad Merah, qui dit soupçonner qu'on l'enregistre, répète être «fière» de Mohamed Merah qui a «combattu jusqu'au bout». Elle affirme aussi «penser du bien de Ben Laden» et tient des propos antisémites. «Les salafistes, ils agissent», ajoute-t-elle encore. «Moi et (Abdel)Kader [son frère, mis en examen sans l’affaire du septuple homicide commis par Mohamed Merah, ndlr], on soutient les salafistes, Mohamed a sauté le pas. Je suis fière, fière, fière».

Trahie par elle-même?

Interrogé par 20 Minutes, l’avocat parisien Pierre-Randolph Dufau, spécialiste du droit de la presse, estime que «la collecte de l’information pose problème, et pose la question: est-ce que Souad Merah a volontairement souhaité s’exprimer en public?» Car même si le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a considéré lundi que «bien que tenues dans le cadre d'une conversation privée» les paroles de Souad Merah «ne peuvent qu'être perçues comme une apologie du terrorisme et de l'antisémitisme et une provocation à la haine religieuse et raciale», toute la question est de savoir si Souad Merah comptait voir ses propos diffusés.

«Ce que pense la personne, on s’en fiche. Ce qu’il faut démontrer, c’est si elle a tenu ses propos pour qu’ils soient publiés», souligne Pierre-Randolph Dufau. Selon lui, «il y a un vrai aléa sur la recevabilité de la poursuite», même si les enquêteurs disposent d’un allié dans la procédure: Souad Merah elle-même, qui dit sa fierté pour son frère Mohamed «tout au tout fort, même s’ils sont en train de nous enregistrer». La jeune femme paraît très consciente de l’éventualité d’une diffusion de ses propos, même si son avocat a annoncé ce mardi qu’elle portait plainte contre M6.

Si les enquêteurs parviennent à démontrer que Souad Merah a tenu ces propos en sachant qu’ils allaient être diffusés, -«et cette appréciation est très subjective contrairement à ce qu’on peut croire», pense l’avocat Pierre-Randolph Dufau- alors «elle les aura bien aidés», selon lui. L’apologie du terrorisme est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende.