« Le “mariage pour tous”est une première étape »

propos recueillispar Faustine Vincent

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Dominique Bertinotti, au ministère de la Famille à Paris, lundi.
Dominique Bertinotti, au ministère de la Famille à Paris, lundi. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Alors que le gouvernement a adopté mercredi le projet de loi sur le « mariage pour tous », qui ouvre le mariage et l'adoption aux couples homosexuels, la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, a répondu à 20 Minutes.

On vous reproche de confisquer le débat et d'agir dans la précipitation.
Le débat est là et va se poursuivre. Le texte sera présenté [à la fin] janvier et sera adopté vers mars-avril. Par ailleurs, le « mariage pour tous » faisait partie des engagements de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Nous n'avons pris personne par surprise.
Certains estiment qu'il y a plus urgent, comme la crise économique.
Une réforme de société n'est pas incompatible avec des avancées sociales. En 1944, on a accordé le droit de vote aux femmes alors qu'on était en pleine reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Quand la loi sur l'IVG a été présentée, on était en plein choc pétrolier.
Les opposants redoutent

une destruction de la famille.
Il ne s'agit de pas de dire qu'un modèle l'emporte sur l'autre, mais de prendre la société comme elle est. Au moins 40 000 enfants sont élevés par des couples homosexuels. En tant que ministre de la Famille, je vais sécuriser ces familles, et du coup, sécuriser les enfants en leur donnant un cadre juridique.
A quoi attribuez-vous les réticences ?
Les Eglises sont beaucoup montées au créneau. Mais le mariage civil a été institué, et nous sommes dans un Etat laïque. Je veux aussi tordre l'idée que ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous. Non. Le mariage hétérosexuel reste tel qu'il est, mais il est élargi aux couples homosexuels. Ce n'est pas une substitution, mais un élargissement, fondé sur le principe d'égalité.
Le texte laissera de nombreuses familles homoparentales

dans un no man's land juridique.
Le projet de loi présenté en Conseil des ministres est une première marche. Elle est indispensable si on veut aller plus loin. Le texte va vivre sa vie au sein du Parlement. On verra ce qui adviendra.
La PMA pour les couples

de lesbiennes ne figure pas

dans le texte actuel…
C'est une première étape. Vous connaissez mes positions. Aujourd'hui, je défends le projet de loi tel qu'il [a été] présenté mercredi.
Cela ne risquerait-il pas

de conduire à un système hypocrite en apportant un cadre légal

(via l'adoption) aux couples homosexuels ayant conçu

ou qui vont concevoir des enfants via la PMA à l'étranger ?
J'assume totalement qu'il puisse y avoir d'autres questions qui se posent, et qu'il faille, à un moment donné, y répondre.
Quel sera le statut du « beau-parent » (aussi appelé « tiers ») ?
Pour l'heure, rien n'est prévu, que ce soit pour les familles homos comme hétéros. Cela fait partie des questions qu'il faudra un jour régler.

l'adoption

Pour adopter l'enfant de sa compagne ou de son compagnon, le parent non biologique devra se marier avec elle ou lui. Les marié(e)s pourront choisir une adoption plénière, auquel cas ils se partageront l'autorité parentale. L'adoption simple est également possible, mais le parent biologique sera alors dépossédé de l'autorité parentale au profit de l'adoptant. En cas de divorce, le parent non biologique gardera ses droits sur l'enfant adopté.