Vers une cogestion made in FranceMatignon a réussi son coup

Mathieu Bruckmüller et Matthieu Goar

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Les représentants des salariés auront davantage de responsabilités.
Les représentants des salariés auront davantage de responsabilités. — I. SIMON / SIPA

Une petite révolution. La cogestion allemande, cette culture du consensus qui associe les salariés aux grandes décisions des entreprises, pilier de la compétitivité outre-Rhin, va bientôt voir le jour en France. Parmi les 35 décisions du pacte pour la croissance présentées mardi, la numéro 13 va permettre à au moins deux représentants des salariés, contre quatre proposés dans le rapport de Louis Gallois, de siéger comme membres délibérants au conseil d'administration ou de surveillance des grandes entreprises. Jusqu'ici, seuls les représentants des salariés actionnaires ont un tel pouvoir à l'instar des élus salariés de certains groupes (France Télécom, Arcelor…). Quant aux représentants des comités d'entreprise, ils n'ont qu'une voix consultative. Négociées par les partenaires sociaux, les modalités seront formalisées dans le projet de loi sur la gouvernance d'entreprise qui verra le jour début 2013. Cette évolution est accueillie favorablement par les syndicats et le patronat. Mais pour Laurence Parisot, patronne du Medef, les premiers doivent évoluer « sur le modèle du syndicalisme allemand, c'est-à-dire dans une logique vraiment réformiste ».M. B.Enfin une éclaircie pour l'exécutif. Si la cote de popularité du président de la République et du Premier ministre s'installe sous la barre des 40 % de satisfaits, un sondage exclusif pour « 20 Minutes » par l'institut BVA révèle que 52 % des sondés approuvent le pacte de compétitivité présenté par Jean-Marc Ayrault mardi. A l'inverse, 46 % s'y opposent, parmi les 83 % qui en ont entendu parler. « Une bonne surprise pour le gouvernement », note Eric Bonnet chez BVA.
En annonçant une baisse des charges des entreprises de 20 milliards d'euros via un crédit d'impôt financé au tiers par une hausse de la TVA en 2014, il risquait a priori de s'aliéner une bonne partie de son électorat, alors très hostile à la TVA sociale proposée durant la campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy et vilipendée par le candidat Hollande.
La semaine dernière, toujours d'après BVA, seuls 37 % des Français se disaient favorables à une hausse de la TVA pour baisser les cotisations patronales. Cette semaine, 74 % des sympathisants de gauche (85 % au PS, mais seulement 45 % à la gauche de la gauche) y sont favorables, alors qu'ils sont 65 % à droite à la rejeter. Le rapport présenté lundi par Louis Gallois, qui s'alarmait du décrochage de l'industrie française, semble avoir produit son effet dans l'opinion, laquelle approuve une mesure qui va peser sur le pouvoir d'achat avec la hausse de la TVA de 19,6 % à 20 %.
Une décision atténuée par la volonté d'alléger la TVA de 5,5 % à 5 % sur les produits de première nécessité et par le fait que « la CSG n'augmente pas alors que 60 % des personnes interrogées s'y attendaient », souligne Eric Bonnet. Accusé, à tort, de vouloir enterrer les solutions du soldat Gallois, le gouvernement semble donc avoir réussi son coup de poker, puisque même le patronat et les syndicats semblent satisfaits. « Personne n'est heureux d'aller chez le médecin avec une tumeur. Mais quand on ressort et que l'opération s'est bien passée, le patient est content », imagine un des dirigeants du PS. « Les Français pensent que c'est douloureux, mais c'est nécessaire », appuie-t-il.