La cigarette électronique, vraie-fausse amie du sevrage tabagique

SANTÉ onsidérée par beaucoup comme une méthode de sevrage, elle n'est pas reconnue comme un produit de santé et échappe au contrôle de l'Agence de sécurité du médicament...

Nicolas Bégasse

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Illustration: Une cigarette électronique.
Illustration: Une cigarette électronique. — REUTERS/Regis Duvignau

Alors que s’ouvre ce jeudi le 6e congrès national de la société française de tabacologie, 20 Minutes fait le point sur les différentes méthodes pour arrêter de fumer. Mais il y a un produit de sevrage que vous ne trouverez pas dans cette liste: les cigarettes électroniques. Et pour cause: contrairement aux idées reçues, elles ne sont pas reconnues comme un produit de sevrage et sont officiellement considérées non pas comme un médicament, mais comme un produit de consommation courante.

Testées par environ un million de Français et utilisées régulièrement par 500.000 d’entre eux, selon les chiffres des fabricants repris ce jeudi dans Le Figaro, les cigarettes électroniques connaissent un succès populaire décuplé depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Ne dégageant que de la vapeur d’eau, elles sont en effet utilisables dans les transports ou au bureau. Mais si le produit a son public, aucune donnée scientifique ne prouve encore son efficacité réelle.

L’Agence du médicament très réservée

Pire: l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, anciennement Afssaps) a émis au printemps 2011 une recommandation de non-utilisation des cigarettes électroniques. «A la suite de cet avis, l’ensemble des fabricants ont changé de stratégie marketing, explique l’ANSM à 20 Minutes. Leur discours est passé de “le produit aide au sevrage tabagique” à “la cigarette électronique n’est qu’une façon plus ludique de fumer sans perturber son environnement”.» Et pour cause: aucun fabricant n’a déposé de demande d’autorisation de mise sur le marché auprès de l’ANSM. Leurs produits ne sont donc pas considérés comme des médicaments et sont invendables en pharmacies, même si de nombreuses officines ont été épinglées pour vente de cigarettes électroniques.

Et c’est peut-être mieux ainsi pour les fabricants, qui échappent ainsi au contrôle de l’ANSM, peu friande des cigarettes électroniques. «Il n’y a pas de recul sur leur consommation. Certes, il n’y a pas de goudron mais il y a des solvants qui ne sont pas anodins, et on n’a pas de données sur leur inhalation», explique-t-on à l’agence. Pour elle, si rien ne prouve que les cigarettes électroniques soient dangereuses, rien ne prouve non plus le contraire.

Contrôles et infractions

Mais le produit n’échappe pas à tout contrôle: c’est la Direction de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui s’occupe de sa réglementation. «Plus de cent contrôles assez récents ont été réalisés, qui portent sur l’absence de tromperie envers le consommateur, la véracité des indications sur le produit et l’analyse de son contenu, indique la DGCCRF à 20 Minutes. Il en ressort qu’ils sont majoritairement importés, et qu’il y a parfois des problèmes au niveau de la teneur en nicotine -il y en a plus qu’indiqué sur l’emballage- et du respect de la réglementation sur les produits dangereux.»

Car, comme l’Afssaps le soulignait fin 2010 dans un bulletin de vigilance, «les préparations de nicotine (telles que les cartouches de recharge des cigarettes électroniques) contiennent des quantités parfois très élevées, sous forme de solution, forme particulièrement susceptible d’entraîner une exposition cutanée ou orale accidentelle, notamment chez des enfants, et pouvant entraîner des intoxications graves». D’où l’importance de la signalétique sur ces cartouches, pourtant pas respectée par tous les fabricants. «Beaucoup d’infractions ont été constatées et de nombreux procès verbaux ont été rédigés ou sont en cours de rédaction», signale l’ANSM, qui souligne: «Nous poursuivons les enquêtes