Comment un t-shirt toxique a-t-il pu être vendu en France?

SANTE L’intoxication d’une fillette par des vêtements chinois met en lumière la présence massive de produits toxiques interdits sur le marché français...

Aurélie Delmas avec agence

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Produit "Made in China", illustration
Produit "Made in China", illustration — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

L’intoxication de la petite Marie par des vêtements chinois offerts pour son anniversaire est due à un produit chimique qui a déjà fait de nombreuses victimes. Depuis 2008, plusieurs contaminations, notamment par l’intermédiaire de fauteuils, ont été constatées en France et en Europe. Le coupable? Le diméthylfumarate, ou DMFu. Une substance chimique très toxique utilisée pour lutter contre les moisissures. 

Le DMFu est interdit en Europe, mais utilisé massivement en Chine. Et toujours présent sur le marché français. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) annonce ce jeudi qu'elle «s'est saisie de l'affaire».

Un produit interdit par la loi…

Officiellement, le produit chimique mis en cause est interdit en France. Après de nombreuses intoxications, plusieurs arrêtés ont rendu impossible sa commercialisation en France puis dans l’Union européenne en 2008 et 2009. Une restriction définitive depuis le 16 mai dernier.

Malgré leur dangerosité, rien n’empêche l’utilisation de ces produits en Chine. Et il est très difficile de mettre en place des contrôles efficaces. Claudette Lemoine, présidente de l’association Rouannez-Anna, dénonce une «tromperie sur la marchandise».

…mais impossible à contrôler

«Il n'y a pas eu de fonctionnement optimal du système de vigilance», s'est inquiété Charles Pernin, de l'association de consommateurs CLCV, jeudi matin auprès de Sipa, «les services de répression des fraudes semblent découvrir cette affaire.»

Officiellement, ce sont les Etats-membres qui doivent veiller à ce que l’interdiction soit respectée. Pourtant, les ratés sont nombreux. Entre le 1er janvier 2008 et le 10 janvier 2009, «134 signalements de manifestations cutanées ont été notifiés aux centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV). Une exposition au diméthylfumarate a été identifiée comme une cause plausible des symptômes rapportés pour 97 de ces signalements. L'exposition au diméthylfumarate a pu être confirmée de façon certaine pour 28 cas», selon un communiqué du ministère de la Santé daté de mars 2009. En 2010, Carrefour se voit obligé de rappeler 6.000 paires de chaussures contaminées. «Les importations existent malgré les interdictions, dénonce Claudette Lemoine. Les gouvernements ne font rien pour les empêcher. Tout le monde veut se voiler la face.»

Les contrôles aux frontières sont très compliqués, d’autant que la présence de DMFu n’apparaît pas sur les étiquettes. «Toutes les importations de Chine transitent par le port du Havre, explique Claudette Lemoine. Mais les moyens sont insuffisants. Le temps que les douaniers contrôlent un camion, des dizaines passent.»  Au début de l'affaire, une campagne de contrôles spécifiques a été engagée par la DGCCRF. «Une nette diminution du nombre de signalements reçus» avait alors été constatée. 

Selon la responsable de l’association, le nombre de victimes a alors un peu reculé, avant de croître à nouveau depuis le printemps 2012. Pour Claudette Lemoine, les solutions doivent être radicales. «Arrêtons complètement les importations chinoises, au moins pour un temps, tant que la Chine ne respecte pas les normes. Nous verrons bien si le nombre de victimes diminue.»  

Pas de responsables

Pour la DGCCRF, «il appartient aux professionnels de s’assurer que les produits qu’ils mettent en vente ne contiennent pas de fumarate de diméthyle [DMFu].» Mais sur le plan pénal, les revendeurs ne sont pas tenus pour responsables de la présence de DMFu. «Ce ne sont pas eux qui ont mis les sachets de ce produit. Personne ne risque rien», déplore Claudette Lemoine.

Dans l'affaire de la petite fille, «tous les moyens des services de l'État ont été mis en oeuvre pour que les stocks restants de vêtements identiques à ceux de la petite fille soient retirés de la circulation dans tout le territoire de la communauté de communes du Pays de L'Aigle», a précisé à Sipa le maire de la commune de L'Aigle, Thierry Pinot, jeudi en fin de matinée.

Pulls, sous-pulls, jeans, sous-vêtements, chaussettes, mobilier… Le DMFu se cache partout. L’association Rouannez-Anna recense plus de 700 victimes en quatre ans, dont 22 décès. Il s’agit d’un produit anti-moisissure allergisant à de très faibles concentrations. Il peut se trouver sous la forme de sachets de cristaux dans le rembourrage d’un fauteuil ou dans l’emballage d’un produit, pouvant alors l’imprégner. Pour le consommateur, un seul réflexe: «Dès qu’il y a une odeur forte, désagréable, il ne faut pas acheter. Et si vous soupçonnez une contamination, inutile de laver les vêtements car le poison reste. Il faut tout jeter», préconise Claudette Lemoine.