Mariage gay: «L'Eglise met de côté les homosexuels catholiques»

INTERVIEW Claude Besson, ancien moine cistercien, vient de publier «Homosexuels catholiques. Sortir de l'impasse» (Les Editions de l'Atelier). Il répond à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Faustine Vincent

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Le pape a été accueilli par des baisers gays, à Saint-Jacques de Compostelle le 6novembre 2010.
Le pape a été accueilli par des baisers gays, à Saint-Jacques de Compostelle le 6novembre 2010. — AFP PHOTO/ PEDRO ARMESTRE

Que vous inspire le discours de l’Eglise vis-à-vis du mariage homosexuel?

L’Eglise condamne les actes homosexuels, qu’elle considère comme contraires à l’ordre de la création de Dieu, mais elle dit accueillir les personnes homosexuelles, invitées à vivre dans l’abstinence. Mais que veut dire «accueillir» si on leur demande de mutiler une partie de leur vie sexuelle? Accueillir, ce n’est pas ça. C’est faire avec ce que la personne est et vit.

Que préconisez-vous?

Il faut accueillir les personnes avec leur amour, y compris du même sexe, et encourager, au nom de l’Evangile, tout ce qui va vers un engagement durable, un projet de vie. On croit souvent que les couples homosexuels sont instables. Mais en réalité, beaucoup d’homosexuels catholiques vivent en couple depuis 10, 20 voire 30 ans. Il faut aussi ouvrir des lieux de paroles dans l’Eglise pour parler d’homosexualité. Ça n’existe pas, hormis quelques initiatives comme l’association David et Jonathan.

Comment est née votre propre association, Réflexion et Partage?

En 1999, lors du débat sur le Pacs, des catholiques manifestaient en lançant des slogans homophobes. Avec d’autres chrétiens, on s’est dit: «Ce n’est pas possible de penser que tous les catholiques sont homophobes comme ça!» L’objectif de Réflexion et Partage, c’est d’ouvrir les esprits, de faire que chaque chrétien puisse faire un effort d’ouverture envers les homosexuels. Il y a une véritable demande. On a l’impression que l’homosexualité est marginale dans l’Eglise, mais il y en a autant que dans le reste de la société!

Ce travail porte-t-il ses fruits?

Oui, je pense. On a vendu une brochure sur «Orientation sexuelle et vie chrétienne» à 1.200 exemplaires rien que par le bouche-à-oreille. Mais pour l’instant, le discours officiel reste le même: pour l’Eglise, seule l’union d’un homme et d’une femme est le signe de l’amour de Dieu.

Que vous disent les catholiques homosexuels?

Il y a une réelle souffrance car l’Eglise les met de côté. Les gens n’osent pas en parler, même aux amis. Ça reste un sacré tabou! Après un travail sur soi, certains parviennent à prendre de la distance par rapport au discours de l’Eglise tout en gardant leur foi chrétienne, mais de manière cachée. D’autres, lorsqu’ils découvrent leur homosexualité, cherchent à en sortir. Il existe encore des «séminaires de guérison»… Quant aux parents d’homosexuels, ils ont parfois besoin de nombreuses années pour atteindre la sérénité. Ils culpabilisent, se demandent «ce qu’ils ont raté». On revient de loin: jusqu’en 1992, l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale!

Vous dénoncez l’«homophobie latente» dans l’Eglise…

Oui. Elle est liée à un manque de connaissance sur l’homosexualité. Beaucoup pensent que c’est un choix, ce qui est faux. Dans l’Eglise, on pense aussi encore, malheureusement, qu’elle est contagieuse, et que si on en parle à l’école ou dans la société, les enfants vont le devenir.

Le mariage pour tous divise les homosexuels catholiques. En quoi?

Tous sont d’accord sur la reconnaissance des droits et de l’égalité pour tous, mais ils divergent sur l’emploi du mot «mariage». Les uns veulent laisser ce terme aux couples hétéros et inventer un autre mot pour eux, au nom de la différence, tandis que les autres veulent employer le même mot, même s’il recouvre des réalités différentes.

Votre discours est dissonant au sein de l’Eglise. Avez-vous essuyé des critiques?

Jusqu’à présent, l’accueil est favorable. Mais certains nous reprochent d’affaiblir encore plus l’Eglise, déjà fragilisée par sa perte d’influence au sein de la société et par la diminution du nombre de ses fidèles. Moi je pense le contraire: c’est parce que j’aime l’Eglise que j’ai fait mon livre, Homosexuels catholiques. Sortir de l’impasse. C’est la parole qui nous apprend à nous aimer les uns les autres, pas le silence.

Et vous, êtes-vous pour le mariage homosexuel et l’adoption par des couples du même sexe?

Je suis pour l’égalité des droits, mais favorable à l’emploi d’un autre mot que celui de «mariage», car un couple homosexuel est simplement différent. Concernant l’homoparentalité, c’est très compliqué. Je suis pour le bien de l’enfant, donc pour que les personnes de même sexe ou le conjoint puissent adopter.