«Pas d'ouragan possible en France, mais des tempêtes comparables à Sandy»

INTERVIEW La France pourrait-elle connaître sa «Sandy»? Non, répond Météo-France, mais des tempêtes à la puissance comparable ont déjà frappé le territoire...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Vue satellitaire prise en février 2010, au moment où la tempête Xynthia a frappé l'Europe.
Vue satellitaire prise en février 2010, au moment où la tempête Xynthia a frappé l'Europe. — MODIS/GSFC

Alors que l’ouragan Sandy a dévasté en quelques jours une partie des Caraïbes et de la côte Est des Etats-Unis, causant des dizaines de morts et des dégâts estimés à 20 milliards de dollars, 20 Minutes a interrogé Patrick Galois, prévisionniste à Météo France, sur la possibilité qu’un tel ouragan frappe la France.

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Peut-on imaginer qu’un ouragan comme Sandy puisse toucher la France?

La France, oui, la métropole, non. Les cyclones qui touchent les Etats-Unis sont souvent d’abord passés par les Antilles et les Caraïbes, et donc par la Guadeloupe et la Martinique. Ça arrive presque chaque année –et parfois violemment, comme en 1989 avec l’ouragan Hugo. La Réunion et Maurice peuvent aussi être touchés par des cyclones, même si c’est plus rare.

Et en métropole?

Un ouragan en tant que tel ne peut arriver sur la métropole car les conditions requises pour sa formation ne s’observent pas à proximité du territoire. Il faut notamment une eau chaude dans l’océan, qui atteigne les 26°C sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur. La Méditerranée les atteint, mais seulement en surface, du coup aucun cyclone ne s’y forme. On peut éventuellement être touchés par les restes d’un cyclone qui a traversé l’Atlantique, mais dans ce cas-là on ne parle plus que d’une dépression ou d’une tempête classique. Tout un tas de paramètres font que les ouragans et les cyclones se forment plutôt à proximité de l’Equateur, entre le 5e et le 20e degré.

Avec le réchauffement climatique, devra-t-on craindre un jour les ouragans en Europe?

L’impact du réchauffement climatique sur la formation d’ouragans en Europe n’est pas du tout envisagé, en tout cas pour le XXIe siècle. Il faudrait un bouleversement complet du climat pour qu’il y ait du changement à ce niveau-là, et ça prendrait des décennies et des décennies.

L’ouragan Sandy est-il comparable aux tempêtes que l’on a connues en France?

En France les tempêtes ont plutôt lieu en hiver et ne sont pas liées à la température de l’océan mais aux courants de vents violents d’altitude, qui peuvent se concentrer en tourbillons. Parfois, on a en France des tempêtes puissantes, avec des vents d’une force équivalente à ceux de l’ouragan Sandy. La tempête de 1999, en ce qui concerne la force du vent, est comparable à un cyclone de catégorie 1 (sur une échelle de 5) comme Sandy, qui n’a atteint que temporairement la catégorie 2. Mais les dégâts liés à Sandy sont surtout liés à la montée des eaux, le vent n’étant pas si catastrophique que ça. Donc Sandy est plus comparable à la tempête Xynthia de 2010 qu’à la tempête de 1999.

Que se passerait-il si une telle tempête frappait la métropole?

Météo France placerait les zones touchées en vigilance rouge, comme ça avait été le cas pour Xynthia. Quand on entre en vigilance rouge, des mesures sont prises au niveau de l’Etat et des préfectures. Le but est d’alerter la population par tous les biais possibles, de prendre des mesures de prévention, moins sous forme d’évacuation que de conseils: rester chez soi, éviter les déplacements. On peut aussi fermer les écoles, les parcs, etc.

Les tempêtes dévastatrices, comme celle de 1999, sont-elles vraiment rares?

Pourr la tempête de 1999, on peut effectivement parler de tempête du siècle, voire plus, car on était vraiment dans un phénomène qui sortait de l’ordinaire. Pour Xynthia, c’était moins la force de la tempête qu’une conjonction de phénomènes malheureux et rares: vents forts, coefficient de marée élevé, pleine mer…