Les grands-parents, fils conducteurs« Je voudrais qu'il sache qu'il pourra toujours compter sur nous »

DELPHINE BANCAUD

— 

Françoise et François veulent « développer une complicité qui traverse le temps » avec leur petit-fils Joseph, 3 ans.
Françoise et François veulent « développer une complicité qui traverse le temps » avec leur petit-fils Joseph, 3 ans. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«J'ai une foule de souvenirs merveilleux avec mes grands-parents. Ils ont représenté de véritables guides pour moi. Du coup, j'essaie de perpétuer leurs valeurs dans ma vie », confie Florence, mère de deux enfants à Marseille. Comme elle, le pédopsychiatre Marcel Rufo vit avec le souvenir d'une grand-mère qui l'a fortement influencé et qu'il surnomme son « arbre de vie ». Dans Grands-parents, à vous de jouer*, il décortique ses souvenirs avec cette maîtresse femme et dépeint le rôle de plus en plus en plus fondamental joué par les grands-parents au sein des familles. Car face à l'augmentation des séparations et des familles recomposées ces dernières années, les aïeuls représentent un repère de plus indispensable dans la vie de leurs petits-enfants.
« Ils sont un socle d'identification pour eux », souligne le pédopsychiatre, qui insiste sur le rôle majeur des aïeuls dans la construction de l'identité de leurs petits-enfants. En s'attardant sur leur mission de transmission, qui leur permet d'ancrer leurs descendants dans une histoire. Car il leur faut « raconter le passé pour que le présent des petits-enfants se construise mieux », affirme Marcel Rufo.
Face à la concurrence scolaire qui fait rage aujourd'hui, le pédopsychiatre insiste aussi sur le rôle apaisant que peuvent jouer les grands-parents lorsque leurs petits-enfants sont en difficulté à l'école. « Ils représentent une aire de tranquillité » et savent les épauler avec plus de sérénité que les parents. Marcel Rufo explique même qu'il fait participer les aïeuls à certaines de ses consultations, car « ils tempèrent l'attitude des parents » et « apportent quantité d'informations ». Il évoque aussi leur rôle de confident et de guide pendant l'adolescence de leurs petits-enfants, période où la communication avec le père et la mère est souvent difficile.
Mais cette influence croissante des aînés n'est pas sans risques, selon Marcel Rufo. Certains grands-parents ont ainsi la tentation de prendre une place qui n'est pas la leur, en essayant de se substituer à leurs enfants. D'autres tentent de rejouer avec leurs petits-enfants « ce qu'ils ont manqué avec leurs enfants ». Le revers de la médaille, en somme.
« Mon petit-fils est devenu ma priorité », confie Françoise, grand-mère de Joseph, 3 ans. « C'est la chair de ma chair et je me sens très proche de lui. D'ailleurs, je me fais beaucoup de souci pour lui, car j'ai toujours peur qu'il lui arrive quelque chose. Mais mes angoisses sont compensées par de multiples joies. J'éprouve un grand plaisir à jouer avec lui, à lui faire découvrir le monde, à lui raconter des histoires… Et je suis capable de traverser Paris à n'importe quelle heure pour venir m'occuper de lui. » Un enthousiasme partagé par son mari, François, qui a appris à devenir grand-père : « Je suis plus à l'aise avec Joseph depuis qu'il a grandi. Il a pris beaucoup de place dans ma vie. J'ai envie de lui transmettre le sens de la famille et de développer avec lui une complicité qui traverse le temps. Je voudrais qu'il sache qu'il pourra toujours compter sur nous. » Une relation intergénérationnelle qui réjouit aussi Isabelle, la mère de Joseph : « Les quatre grands-parents de mon fils constituent un facteur d'équilibre pour lui. Et il puise dans chacun d'eux des richesses différentes. »