La pilule bientôt remboursée à 100% pour les jeunes mineures

SANTÉ a ministre de la Santé a indiqué qu'elle présenterait un amendement allant dans ce sens...

M.Gr. avec AFP

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Le gouvernement a annoncé mardi son intention de rembourser intégralement la contraception des jeunes filles de 15 à 18 ans, un premier pas, mais insuffisant pour les spécialistes, qui soulignent que les jeunes femmes majeures dans la précarité sont oubliées.
Le gouvernement a annoncé mardi son intention de rembourser intégralement la contraception des jeunes filles de 15 à 18 ans, un premier pas, mais insuffisant pour les spécialistes, qui soulignent que les jeunes femmes majeures dans la précarité sont oubliées. — Mychele Daniau afp.com

Le gouvernement a annoncé ce mardi son intention de rembourser intégralement la contraception des jeunes filles de 15 à 18 ans, un premier pas, mais insuffisant pour les spécialistes, qui soulignent que les jeunes femmes majeures dans la précarité sont oubliées.

La ministre de la Santé Marisol Touraine a indiqué qu'elle présenterait, dans le cadre du budget de la Sécurité sociale pour 2013 (PLFSS), un amendement pour que la contraception des jeunes mineures soit intégralement remboursée.

Durant sa campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé qu'il souhaitait mettre en place un «forfait contraception» pour les mineures, leur garantissant «la gratuité, l'accès à un médecin dans l'anonymat et à une contraception de haut niveau».

Payer pour garder l'anonymat

Depuis la loi de juillet 2001 visant à favoriser l'accès à la contraception et l'IVG (interruption volontaire de grossesse), la contraception peut être délivrée gratuitement et de façon anonyme aux mineures dans les plannings familiaux.

Mais «ces centres sont trop peu nombreux et leur accès compliqué», souligne Martine Hatchuel, présidente de l'Association nationale des centres d'IVG et de contraception (Ancic). Lorsqu'elles se rendent chez un médecin pour se voir délivrer la pilule, les mineures doivent actuellement payer si elles veulent garder l'anonymat.

«Cela fait longtemps que la contraception pour les mineures devrait être gratuite», a estimé Martine Hatchuel, réagissant à l'annonce de Marisol Touraine. «C'est bien, mais cela ne concerne pas du tout la frange des jeunes majeures de 18 à 25 ans, extrêmement fécondes, qui lorsqu'elles sont en situation de précarité, ne peuvent pas accéder à un moyen de contraception», a-t-elle estimé.

Principale méthode de contraception

«Cette mesure n'est pas du tout suffisante», a aussi réagi Nathalie Bajos, chercheuse à l'Inserm. «On se focalise sur les mineures mais on vient de montrer que l'enjeu allait bien au-delà», a-t-elle poursuivi. Selon l'enquête Fecond Inserm-Ined, récemment publiée, la pilule reste la principale méthode de contraception en France mais son usage a légèrement diminué depuis les années 2000.

Chez les jeunes de 18-19 ans, la baisse (-4,4%) s'accompagne d'un recours plus fréquent au préservatif et aux nouvelles méthodes hormonales (implant, patch contraceptif et anneau vaginal). Mais chez les femmes de 20-24 ans, la baisse (-10,4%) n'est qu'en partie compensée par le recours aux nouvelles méthodes hormonales (+5,1%).

«Les 20-24 ans représentent un groupe de population qui entre dans la vie active et qui est particulièrement touché par la crise économique», a souligné Nathalie Bajos. «Or il est clair que le fait d'être dans une situation financière difficile va de pair avec une moindre couverture contraceptive», a-t-elle poursuivi.

«Mesure gadget»

Le gynécologue Israël Nisand parle, lui, d'une «mesure gadget». «On nous annonce parallèlement la gratuité de l'IVG et le déremboursement des pilules de 3ème génération, alors je ne comprends pas bien le message», a-t-il dit à l'AFP.

Le PLFSS 2013 prévoit en effet le remboursement à 100% de l'IVG. Et Marisol Touraine a récemment annoncé la fin du remboursement par la Sécu des pilules contraceptives dites de troisième génération à compter de septembre prochain.

«C'est d'un projet de santé publique dont nous avons besoin», a estimé le Pr Nisand. "Il faut assurer en premier lieu la confidentialité aux jeunes femmes, éduquer les médecins et informer dans les écoles», a-t-il jugé.