Salles de shoot: A quoi ça sert, et à quoi ça ressemble?

SANTÉ a ministre de la Santé Marisol Touraine espère expérimenter avant fin 2012 ce dispositif de prévention qui nourrit tous les fantasmes. Le point sur ce qu'il en est en réalité...

Julien Ménielle et Julien Descalles

— 

Présentation d'une salle de consommation et d'injection à moindre risque pour les toxicomanes, le 18 mai 2009, à Paris.
Présentation d'une salle de consommation et d'injection à moindre risque pour les toxicomanes, le 18 mai 2009, à Paris. — VALINCO/SIPA

Serpent de mer de la prévention à destination des usagers de drogue, les salles de shoot (ou salles de consommation de drogue) ont resurgi à la faveur de l’été. Mais ce week-end, c’est la ministre de la Santé Marisol Touraine en personne qui a annoncé qu’elle «espérait» pouvoir expérimenter le dispositif avant fin 2012. Au-delà de la polémique idéologique relancée par cette annonce, à quoi ressemblent vraiment ces salles, et surtout à quoi servent-elles? 20 minutes fait le point.

«Je suis en train de regarder les conditions dans lesquelles cela peut se faire», a déclaré Marisol Touraine. Mais Médecins du Monde et l’association Gaïa, qui ont présenté un projet début octobre, ont déjà leur avis sur la question. «L’objectif des salles de consommation à moindre risque, c’est d’abord d’éviter une  consommation à la va-vite et d’offrir une hygiène parfaite», a indiqué à 20 Minutes Elisabeth Avril, directrice de l'association Gaïa-Paris.

>> «Un point de repère et de contact pour les usagersL’expérience suisse est racontée par ici.

Ces salles ont donc pour vocation de diminuer les risques de contamination, notamment par l’hépatite C ou le VIH, en distribuant du matériel stérile à des usagers qui ne sont pas encore dans une démarche de sevrage, et qui consomment d’ordinaire des produits dans des conditions les mettant en danger. Les produits en question ne sont en aucun cas distribués sur place, et ne peuvent être obtenus dans la structure, prévient l’association.

En Espagne, en Belgique, en Suisse, de telles structures existent depuis plusieurs années. Concrètement, les salles de consommation sont dans ces pays de véritables lieux de soins. Un exemple que veulent suivre les associations en France. «Pour l’instant nous n’avons rien de concret concernant les espaces dont nous disposerions», a indiqué à 20 Minutes Céline de Beaulieu, chargée du projet «salles de consommation» chez Gaïa.

Si les consommateurs d’héroïne en injection semblent visés par la dénomination «salles de shoot», «il est toutefois possible d’envisager d’encadrer les consommations de drogues inhalées [fumées, comme le crack par exemple, ndlr] ou sniffées», qui ne sont pas sans risques. Concrètement, les salles se découpent généralement en lieu «d’accueil et de convivialité», décrit Céline de Beaulieu, puis des «boxes individualisés» pour les injections ou le sniff ou des «cabines avec extracteurs de fumée» pour les drogues inhalées. Le tout toujours sous le contrôle visuel des intervenants de la structure.

>> Pour lire notre reportage dans une salle de consommation à Liège, cliquez ici.

«Beaucoup d’usagers sont des polyconsommateurs, avec des risques de malaises, de surdoses, d’overdoses. Le fait de consommer dans une salle, permet d’intervenir plus rapidement, éventuellement de dissuader un usager qui ne nous semble pas en état de consommer», ajoute Elisabeth Avril. Telles qu’elles sont imaginées à ce stade, les salles seraient gérées par des équipes pluridisciplinaires, avec des éducateurs, infirmiers, assistants sociaux et permanences médicales, et pourraient accueillir «de 150 à 200 passages par jour en cas d’ouverture 8 heures par jour», estime Céline de Beaulieu.

Si ce n’est pas l’objectif initial, quelques bonnes surprises sont possibles, comme à Vancouver où, «en un an, on a constaté  une hausse de 30% des demandes de sevrage», raconte Elisabeth Avril. «Autre intérêt: cela permet de pacifier les quartiers. A l’étranger, à Vancouver, en Espagne, on a l’exemple de riverains d’abord rétifs à l’expérimentation et qui aujourd’hui soutiennent le dispositif», affirme la directrice de Gaïa-Paris. Reste à convaincre les habitants des quartiers concernés dans les villes qui se disent prêtent à accueillir les expérimentations.