Sport et arrêt cardiaque: «Chaque mort subite, c'est un cardiaque qui s'ignore»

INTERVIEW Laurent Uzan, cardiologue spécialisé dans le sport, donne à «20 Minutes» toutes les recommandations afin d'éviter les accidents cardiaques en plein effort...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Illustration d'un homme faisant du jogging.
Illustration d'un homme faisant du jogging. — SUPERSTOCK / SIPA

Après le député socialiste Olivier Ferrand en juillet, c’est une autre «jeune» personnalité, Christian Donzé, DTN de la Fédération française de natation, qui est décédée dimanche des suites d’un arrêt cardiaque alors qu’il faisait du sport. Laurent Uzan, cardiologue spécialisé dans le sport, explique à 20 Minutes comment ces accidents, appelés «mort subite», sont possibles et comment les éviter.

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La «mort subite» est-elle un accident fréquent?

Non, mais ce n’est pas exceptionnel non plus. On compte entre 1.000 et 1.500 cas de mort subite par l’effort par an. Souvent, cela défraye la chronique parce que les personnes sont jeunes et a priori en bonne santé.

Sous quelle forme la mort subite se présente-t-elle?

Il y a deux pics. L’un avant 35 ans, illustré notamment par ces sportifs qu’on voit tomber sur les terrains. Les deux principales causes sont celle du «gros cœur» (hypertrophie cardiaque) ou celle provoquée par des troubles du rythme cardiaque déclenchés par des anomalies. C’est ainsi que la législation française est très sévère envers les sportifs de haut niveau afin de prévenir ces accidents. Après 35 ans, la mort subite est causée principalement par un infarctus, c’est-à-dire un problème sur des artères du cœur. Elle touche notamment des personnes présentant des facteurs de risque, comme les fumeurs.

Quels sont les signes avant-coureurs?

Quand on présente des facteurs de risque, on sait qu’il faut faire un bilan. Les accidents cardiaques interviennent souvent à l’occasion d’une reprise du sport après plusieurs années sans en faire. Les victimes s’y remettent de façon brutale. Les signes évocateurs sont des douleurs dans la poitrine, un essoufflement avec l’impression que le cœur s’emballe, ou encore une perte de connaissance, un malaise. On dit que «chaque mort subite, c’est un cardiaque qui s’ignore», il faut donc essayer d’être le plus précoce possible dans le dépistage.

Que faut-il fait justement pour prendre le moins de risques?

Les recommandations des sociétés de cardiologie indiquent que, dès l’âge de 12 ans et jusqu’à 35 ans, il faut faire un électrocardiogramme de repos tous les un à deux ans. Ensuite, il est logique d’en faire plus régulièrement quand on a plus de 40 ans pour un homme et cinquante ans pour une femme. Après ce bilan cardiaque et l’aval de son médecin, il faut, quand on reprend le sport, privilégier plutôt un sport d’endurance (course à pied, vélo, natation) avant de reprendre éventuellement le football ou le tennis qui demandent également des précautions musculaires. On peut commencer entre 50% et 70% de la FCM (fréquence cardiaque maximale, placée à 220-âge), afin que la tension ne monte pas trop fort. On peut s’aider d’un cardiofréquencemètre pour encadrer son démarrage. Il y a également trois phases basiques à respecter: échauffement, travail, récupération.

La mort subite peut donc toucher tout le monde, même les plus sportifs?

Oui, le sport protège, mais quand on s’arrête, la protection s’arrête également, c’est comme les médicaments. Il faut seulement entre trois et six mois pour perdre sa condition physique.