Le phénomène identitaire inquiète

Vincent Vantighem

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Le 14 mai 2011, à Lyon, des identitaires ont organisé le « Rassemblement pour la liberté ».
Le 14 mai 2011, à Lyon, des identitaires ont organisé le « Rassemblement pour la liberté ». — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Ils avaient pris l'habitude d'organiser des « apéros saucisson-pinard ». Ou encore de réveiller tout un quartier au son du muezzin pour alerter sur « l'islamisation de la France ». En déployant, samedi, des slogans évoquant Charles Martel sur le toit de la future mosquée de Poitiers (Vienne), les identitaires ont voulu marquer les esprits à deux semaines de leur congrès national (lire ci-dessous). « Ces derniers temps, leur mouvement a été secoué sur des questions de stratégie, explique Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l'extrême droite. Les dirigeants ont donc l'intelligence de chercher la médiatisation pour trouver des militants. » Cela semble fonctionner. Estimés à quelques centaines en France, les identitaires ont étendu leur influence. « Avant, ils disposaient de deux bastions à Nice et Lyon, poursuit Jean-Yves Camus. Aujourd'hui, ils ont ouvert un bureau à Toulouse et vont le faire à Bordeaux. »

Difficile à contrer
Le discours, lui, n'a pas changé. « Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère […]. Ce texte n'est pas un simple manifeste, c'est une déclaration de guerre », peut-on ainsi lire sur le site de Génération identitaire, le groupe de jeunes à l'origine de la manifestation de samedi. « Le phénomène inquiète. Ces gens-là ne sont pas les plus calmes, confie Yannick Danio, délégué national du syndicat Unité SGP Police-FO, classé à gauche. Leur discours sur l'islam est en phase avec ce qui se dit dans une partie de la classe politique. » Et le phénomène s'avère difficile à contrer. Si quatre Identitaires ont été interpellés après la manifestation de Poitiers, « ce ne sont pas des gens qui cherchent à se battre physiquement, car cela décrédibiliserait leur action », explique Jean-Yves Camus. Réclamée par une partie de la gauche, « la dissolution de ce groupe » ne semble pas être, non plus, la solution. Il y a dix ans, les identitaires s'étaient formés sur les cendres du groupe d'extrême droite Unité radicale, trois mois après son interdiction.