Mohamed Merah: Pourquoi les services secrets ont-ils arrêté de le surveiller quand il a commencé à préparer ses actions?

JUSTICE C'est la question qui se pose après l'audition de Bernard Squarcini, l'ex-patron de la DCRI...

Julien Ménielle

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Photo montrant Mohamed Merah, l'auteur présumé des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012.
Photo montrant Mohamed Merah, l'auteur présumé des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012. — SIPA

Un raté monumental. Le juge chargé de l’enquête sur l’affaire Mohamed Merah tente de comprendre la faillite des services secrets français, qui ont brutalement arrêté leur surveillance précisément au moment où celui qui allait devenir le tueur au scooter aurait commencé à préparer ses futures actions meurtrières.

Pour y voir plus clair, le juge Christophe Teissier a entendu, le 25 septembre dernier, Bernard Squarcini, ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Dans les notes relatant l’entretien, révélées ce vendredi par Le Monde, l’ex-responsable des services secrets a tenté de justifier les choix de ses services.

«Quelqu'un qui se savait surveillé pour des faits pouvant le mettre en danger»

Mohamed Merah est fiché depuis 2006 «dans le cadre de la surveillance de la mouvance salafiste toulousaine» et suivi depuis 2011 après son contrôle par la police afghane à Kandahar, «ville considérée comme un bastion taliban», révèle le document du Monde. Mais pour Bernard Squarcini, la DCRI ne peut pas surveiller tout le monde et les personnes «présentant un profil pouvant déboucher sur une action violente ou ayant un relationnel avec une mouvance radicale sont de plus en plus nombreuses. (...) Il y en a plusieurs centaines».

Les notes consultées par le quotidien mettent pourtant en lumière plusieurs éléments indiquant que le jeune Toulousain se radicalisait et se comportait «comme quelqu'un qui se savait surveillé pour des faits pouvant le mettre en danger», selon un enquêteur. Mais pour la DCRI «Mohamed Merah n'a jamais attiré l'attention des services par son comportement radical: pas de signe extérieur de radicalisme religieux, pas de lien avec la mouvance islamiste toulousaine lors des retours de ces voyages».

«Quelqu'un d'assez malin et ouvert»

Les policiers chargés de surveiller Mohamed Merah l’ont cependant convoqué pour une entrevue, le 14 novembre 2011. C’est un jeune homme affirmant être épuisé par une hépatite A qui se présente et raconte ses voyage, allongé sur une table.

«Cette rencontre n'a pas permis de faire le lien entre Mohamed Merah et un éventuel réseau djihadiste. Mohamed Merah est apparu comme quelqu'un d'assez malin et ouvert qui pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur. Néanmoins, le comportement et la fiabilité de Merah nécessitent d'abord une évaluation», raconte la note à l’issue de l’entrevue, qui signe la fin de la surveillance du jeune homme.

Merah n’était pas une taupe

Merah est-il alors devenu une source de la DCRI? «Non. Absolument, non», assure Bernard Squarcini. A-t-il pu «bénéficier à un moment quelconque, de l'aide positive ou passive» de la DCRI ? «Jamais à ma connaissance et compte tenu des éléments en ma possession», répond l’ancien patron du renseignement.

Le rapport de novembre 2011 sera le dernier concernant Mohamed Merah. «Pourtant, c'est peu ou prou à compter de cette époque que Mohamed Merah va commencer des préparatifs pour ses actes futurs», note le juge Teissier. Il fallait attendre «les réponses des services étrangers» et les retours de «vérification technique», s’est justifié Bernard Squarcini. Les événements du mois de mars ont apporté ces réponses, mais trop tard.