Corse: Ayrault veut une stratégie globale pour lutter contre le crime organisé

SOCIETE La semaine prochaine une réunion interministérielle aura lieu avec pour objectif de combattre le crime organisé «sous tous ses aspects», y compris financiers...

B.D. avec agences
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"Inacceptable", "insupportable" : François Hollande et Jean-Marc Ayrault se sont alarmés mercredi du niveau d'intensité de la criminalité en Corse, territoire qui fera l'objet de mesures de politique pénale spécifiques, comme à Marseille.
"Inacceptable", "insupportable" : François Hollande et Jean-Marc Ayrault se sont alarmés mercredi du niveau d'intensité de la criminalité en Corse, territoire qui fera l'objet de mesures de politique pénale spécifiques, comme à Marseille. — Bertrand Langlois afp.com

«Inacceptable», «insupportable»: François Hollande et Jean-Marc Ayrault se sont alarmés ce mercredi du niveau d'intensité de la criminalité en Corse, territoire qui fera l'objet de mesures de politique pénale spécifiques, comme à Marseille.

Au lendemain de l'assassinat à Ajaccio de l'avocat Antoine Sollacaro, quinzième homicide dans l'île depuis le début de l'année, le sujet s'est invité au Conseil des ministres, où le chef de l'Etat a dénoncé des règlements de compte «avec un nombre de morts qui n'a cessé de progresser et qui n'est aucunement acceptable dans notre République». «La violence en Corse n'est pas nouvelle mais a changé de nature et d'intensité», a dit François Hollande, selon des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

37 homicides en Corse ces deux dernières années

Parlant de «chiffres impressionnants», Jean-Marc Ayrault a ensuite dénombré un total de 37 homicides en Corse ces deux dernières années, ainsi que 117 attentats ou tentatives d'attentat: 62 en 2011 et 55 à ce jour en 2012. «Cette situation est insupportable», a dit le Premier ministre à la sortie du Conseil des ministres. «Le gouvernement est déterminé à agir avec la plus grande fermeté, la plus grande détermination» contre le crime organisé, «ce fléau qui mine la Corse depuis de longues années».

Le Premier ministre a annoncé l'élaboration d'«une directive de politique pénale spécifique» à la Corse, comme celle, a-t-il dit, «qui a été adoptée récemment par le Conseil des ministres» pour la région marseillaise, regroupant dans une seule structure d'enquête les affaires de même nature. Le 21 septembre, en visite à Marseille, la ministre de la  Justice Christiane Taubira avait notamment annoncé que «tous les assassinats liés à la délinquance des quartiers» seraient confiés à la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille.

«Il ne s'agit pas de faire sortir la Corse du droit commun», a souligné Najat Vallaud Belkacem, mais d'une stratégie visant à plus d'efficacité «contre cette grande criminalité peut-être spécifique à la Corse». Entrant dans le détail, Jean-Marc Ayrault a dit avoir demandé à Christiane Taubira et au ministre de l'Intérieur Manuel Valls des propositions sur «le renforcement de la coordination opérationnelle entre les services de police et de justice» et «sur la stratégie globale de lutte contre ces activités criminelles».

Réunion interministérielle

La semaine prochaine, a ajouté le Premier ministre, une réunion interministérielle aura lieu «à partir de cette commande» aux deux ministres  pour combattre le crime organisé «sous tous ses  aspects», y compris financiers. Elle associera les ministres de l'Economie Pierre Moscovici, et du Budget Jérôme Cahuzac, afin de mieux lutter contre «les aspects fiscaux» du crime organisé.

«C'est une lutte que le gouvernement veut mener de façon globale», a martelé le chef du gouvernement, «le grand banditisme en Corse est maintenant bien organisé, notamment dans sa dimension économique et financière, donc c'est sous tous ses aspects qu'il sera combattu». De son côté, le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, a dénoncé mercredi l'existence «d'un système mafieux» en Corse contre lequel «il est nécessaire de lutter sans aucun répit».

De nombreux élus corses, avocats et analystes estiment qu'un palier a  été franchi avec l'assassinat de l'ancien avocat d'Yvan Colonna,  Antoine Sollacaro, figure du nationalisme corse. Jean-Christophe Angelini, secrétaire général du Parti de la nation corse, a demandé au gouvernement «d'assumer une fois pour toutes ses attributs régaliens en Corse».

Toutes les audiences au tribunal d'Ajaccio ont été suspendues  jusqu'à vendredi. Les magistrats et fonctionnaires du se sont réunis sur  les marches du palais pour la lecture d'une motion et d'une minute de  silence. Les policiers insistent régulièrement sur la disparition des frontières, sur l'île, entre politique et banditisme.