Médecins du monde aux petits soins des précaires

REPORTAGE Le centre parisien de Médecins du monde est débordé...

Delphine Bancaud

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La fréquentation du centre parisien a progessé de 18 % au premier semestre.
La fréquentation du centre parisien a progessé de 18 % au premier semestre. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Le distributeur de tickets d'attente n'a plus de munitions. Preuve que le centre de santé parisien de Médecins du monde est débordé ce lundi, tout comme les autres jours de la semaine. «Rien qu'au premier semestre 2012, le nombre de personnes accueillies dans notre centre a progressé de 18%», constate le Dr Jean Nau, son responsable. Dans la salle d'attente bondée patientent beaucoup de jeunes, des couples avec enfants et des personnes âgées.

Des pathologies déjà avancées

Une population de plus en plus précaire, selon Jean Nau. «Il s'agit notamment de migrants d'Afrique subsaharienne, du Maghreb et des pays de l'Est, en situation régulière ou non. Nous accueillons aussi de plus en plus de mineurs», précise-t-il. «La plupart du temps, ils n'ont pas de couverture médicale, car les démarches pour accéder à la CMU (couverture médicale universelle) et à l'AME (aide médicale d'état) sont de plus en plus longues et difficiles», ajoute Barbara Ndadoma, assistante sociale du centre.

Conséquence: beaucoup de patients arrivent au centre de soins avec des pathologies déjà avancées. «Les plus âgés souffrent souvent de diabète ou d'hypertension. Les plus jeunes ont parfois contracté une hépatite B ou C ou la tuberculose», explique Jean Nau. Véronique, Congolaise, fait partie de ces patients qui viennent se faire soigner tardivement: «J'ai mal au dos et à la tête depuis quelque temps. J'ai cru que j'avais une maladie grave. Mais le médecin m'a dit que je n'avais pas l'hépatite, ni le VIH, c'est déjà rassurant.» A quelques mètres d'elle, Omar, un Algérien sans papier de 26 ans, vient consulter pour une allergie cutanée. «Je voulais aller à l'hôpital, mais je ne savais pas où m'adresser et si je pouvais me faire soigner dans ma situation. Si je n'étais pas venu ici, j'aurais continué à souffrir en silence.» De son côté, Hafize, une Comorienne de 20 ans, souffre des oreilles: «Je n'ai pas encore rempli mon dossier pour obtenir la CMU, car je dois chercher un logement et un travail en même temps. Au moins ici, c'est facile de se faire soigner.»

Un baromètre inquiétant

Selon le rapport annuel de Médecins du monde (MDM), qui sera publié ce mardi et que 20 Minutes s'est procuré, entre 2008 et 2011, les consultations médicales dans les centres de MDM ont augmenté de 22%. Sur la même période, le nombre de mineurs accueillis a progressé de 48%. Et en 2011, plus d'un tiers des patients auraient dû être traités plus tôt.