Affaire de blanchiment: Comment les Elmaleh ont créé un réseau riche à millions

DECRYPTAGE Les trois frères, ainsi qu'une dizaine de personnes, ont été mises en examen ce week-end en France et en Suisse...

B.D. avec agences
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Le domicile de Florence Lamblin, adjointe au maire du 13e arrondissement de Paris, mise en examen dans une affaire de blanchiment d'argent de la drogue.
Le domicile de Florence Lamblin, adjointe au maire du 13e arrondissement de Paris, mise en examen dans une affaire de blanchiment d'argent de la drogue. — THOMAS SAMSON / AFP

Que s’est-il passé cette semaine?

Un vaste coup de filet a eu lieu en France et en Suisse pour démanteler un réseau de blanchiment de fonds liés à un trafic de cannabis entre le Maroc, l'Espagne et la région parisienne. Au total, dix-sept personnes ont été mises en examen en France et deux en Suisse, dont neuf sont sous les verrous. L'enquête a fait apparaître que le réseau avait importé plus de huit tonnes de cannabis, d'une valeur de 40 millions d'euros à la revente, le produit des ventes étant injecté dans un circuit complexe de blanchiment.

Comment fonctionnait ce réseau?

A la tête de cette organisation se trouvent les trois frères Elmaleh, mis en examen et écroués, l'un à Paris, les deux autres en Suisse. Le frère basé en région parisienne serait vraisemblablement le collecteur central des sommes générées par le trafic de drogue -le réseau importait du cannabis entre le Maroc, l'Espagne et la région parisienne. Ce collecteur de fonds aurait également tenu le rôle de «pigeon-voyageur», qui transférait cet argent en Suisse, où ses deux frères, qui exercent dans la finance à Genève, auraient été chargés de la partie financière des opérations.

Au sein d’une société, ils auraient blanchi chaque mois, par un mécanisme de compensation, plusieurs millions d'euros, et ainsi «évacué les liquidités» des trafiquants, selon le parquet. Le collecteur de fonds versait également en France d'importantes sommes à des «clients délinquants en col blanc», selon les mots du parquet de Paris, ayant de l'argent (issu de la fraude fiscale ou d'abus de biens sociaux) placé en Suisse qu’ils désiraient rapatrier en France, discrètement et en liquide.

«Quand un client demande des fonds à sa banque à Genève, ce n'est pas son argent qu'on lui apporte, mais celui de la drogue et il ne le sait pas. Son compte est ensuite débité puis l'argent passe par des comptes intermédiaires et se retrouve à Londres, d'où il est reventilé», a indiqué une source judiciaire à l’AFP.

Qu’ont trouvé les enquêteurs lors des perquisitions?

En France, plus d'un million d'euros en espèces a été saisi ainsi que deux photos d'art d'une valeur d'un million d'euros, six lingots d'or, des pistolets automatiques, des gilets pare-balles et des machines à compter les billets. En Suisse, les enquêteurs ont mis la main sur un million de francs suisses, 160 montres de collection d'une valeur de deux à trois millions de francs suisses et «une quantité importante de bijoux de luxe».

Une enquête sur ce réseau a fait apparaître qu'il avait importé plus de huit tonnes de cannabis, d'une valeur de 40 millions d'euros à la revente. Le parquet a évoqué des flux financiers «considérables», de près de 12 millions d'euros pour les seuls mois de mai à octobre 2012.

Qui sont les personnes arrêtées?

Huit nouvelles personnes ont été mises en examen, dont six incarcérées samedi, pour importation et trafic de stupéfiants. Vendredi, l’enquête avait conduit à la mise en examen de neuf autres personnes, des «cols blancs» parmi lesquels des chefs d'entreprises ou des professions libérales (avocats, architectes) mais aussi l'élue parisienne Florence Lamblin, adjointe EELV au maire du 13e arrondissement, pour «blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs».

Comment a réagi la classe politique?

L’élue parisienne, chargée du Développement durable, de l'Environnement et du plan Climat à la mairie du XIIIe arrondissement, a nié samedi toute implication. Samedi, son avocat, Jérôme Boursican, a indiqué ce lundi qu'elle s’était retirée de sa délégation sur l'environnement dans le XIIIe arrondissement de Paris mais ne démissionnerait pas de son mandat. Plusieurs élus socialistes, parmi lesquels le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avaient demandé son retrait de l'exécutif de l'arrondissement.

L'UMP et le Front national ont pour leur part critiqué la gauche. Philippe Goujon, député UMP de Paris et maire du XVe arrondissement, estime que «les positions des Verts et d'un certain nombre de socialistes, qui réclament la légalisation du cannabis, des salles de shoot, amènent à effacer la frontière entre ce qui est légal et pas légal».