Procès des tournantes: «Je ne vois pas où est le désastre et le fiasco»

JUSTICE Après le verdict du procès des viols collectifs de Fontenay, Nathalie Bécache, procureur de la République de Créteil, défend le travail de la justice dans ce dossier...

William Molinié
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Nathalie Bécache, procureur de la République de Créteil, le 15 décembre 2010.
Nathalie Bécache, procureur de la République de Créteil, le 15 décembre 2010. — JACQUES DEMARTHON / AFP

La cour d'assises du Val-de-Marne a condamné jeudi à des peines de  six mois à un an de prison quatre des 14 accusés de viols collectifs  contre deux jeunes filles dans des cités de Fontenay-sous-Bois de 1999 à  2001. Face à la déception des parties civiles, le procureur de la République de Créteil, Nathalie Bécache, a répondu aux questions de 20 Minutes.

L’instruction a-t-elle été défaillante, comme le suggèrent les avocats des parties civiles?

Tout d’abord, il y a eu dix tomes d’instruction sur cette affaire. Des investigations, des auditions, des confrontations… Alors oui, on peut me dire que ce sont dix tomes de vent. Mais je ne peux pas accepter et laisser dire que cette instruction est vide. On a affaire à des tournantes. Nous étions face à des mineurs fragiles dans un dossier très complexe. Nous avons décidé de porter cette affaire devant la justice avec un risque judiciaire que l’on prend délibérément. Malheureusement, les faits qui datent de 1999 n’ont été révélés qu’à la fin de l’année 2005. Six années se sont déroulées entre les faits et le début de l’instruction. Les souvenirs se sont brouillés et la spontanéité n’est plus la même. La tardiveté de la dénonciation a forcément eu des conséquences sur l’instruction. Mais encore une fois, je ne vois pas où est le désastre et le fiasco.

Les réquisitions ont-elles été justes?

Heureusement que le magistrat n’est pas un automate. Son rôle, c’est l’étude précise du dossier. Les débats au cours de l’audience ont fait apparaître des doutes. L’avocate générale a donc très justement fait ce qu’il fallait faire. D’un côté, il est apparu pendant l’audience que certains accusés faisaient apparaître des charges moins évidentes que lors de l’instruction. Pour d’autres, ça ne l’était pas. L’avocate générale a procédé justement à leur condamnation. Les débats sont faits pour cela. Les attaques des parties civiles en ce sens tendent à considérer que l’avocat général est une machine à relire. C’est tout sauf ce que l’on attend d’un avocat général.

Le parquet va-t-il faire appel?

Nous avons dix jours pour le faire. Nous prenons notre temps. Rien n’est évident dans ce genre de dossier.