« Je n'ai jamais fait de provocations verbales »

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Jean-Marie Le Pen déplore des présences immigrées « urticantes » en France.
Jean-Marie Le Pen déplore des présences immigrées « urticantes » en France. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Le Front national a été créé il y a quarante ans jour pour jour. Son fondateur et président d'honneur Jean-Marie Le Pen répond à 20 Minutes.

Il y a quarante ans, vous créiez

le FN. Quel bilan en tirez-vous ?
Quarante ans après, nous sommes là. Ce qui est relativement une gageure pour un mouvement politique national parce qu'en général, les partis durent beaucoup moins longtemps que cela. Le mérite du FN, c'est de s'être inscrit dans la politique française, d'en être, en réalité, la troisième force.
Vous n'avez aucun regret

dans votre carrière ?
J'ai un regret, je le dis franchement, c'est de ne pas avoir été candidat en 1965 et d'avoir fait désigner Jean-Louis Tixier-Vignancour. Cette erreur est responsable d'un retard de dix à vingt ans dans notre accession politique.
Dans le débat public, les idées du FN semblent se banaliser. Vous imputez cette évolution à votre parti ?
Nous avons joué notre rôle, je crois. Mais il est évident que, si nous prenons le cas de l'immigration et de ses conséquences, les gens en prennent une conscience personnelle aussi. Il y a une atmosphère générale de malaise, de mal-être. Cela ne se borne pas aux banlieues des grandes villes. Il y a des présences immigrées qui sont plus ou moins urticantes. L'une d'entre elles, qui est particulièrement urticante, bien qu'elle ne représente pas un véritable danger sur la sécurité des gens, c'est celle des Roms.
Aujourd'hui, d'importants responsables de l'UMP

parlent de droite « sans tabous »…
Il y a un tabou qu'ils n'ont en tous les cas pas bravé, c'est celui de l'alliance avec le FN. L'une des déclarations communes de M. Copé et de M. Fillon, c'est « jamais d'alliance avec le FN ».
Vous le regrettez ?
Je ne dis pas que cette alliance est possible, mais elle est dans la logique du scrutin à deux tours.
Comment percevez-vous

la dédiabolisation engagée

par votre fille ?
J'appelle cela plutôt « démarginalisation ». Elle ne dépend pas de nous, je crois. Elle dépend de l'attitude du monde médiatique et de l'évolution des problèmes et du niveau de perception par l'opinion d'un certain nombre de phénomènes. Cela étant, je crois que Marine a souhaité qu'il y ait le moins d'aspérités possible, non pas dans la doctrine ou dans le programme, mais dans les manifestations extérieures. Il s'agit de tenir à l'écart un certain nombre de gens, souvent « fâcheux » – au sens du XVIIe siècle – qui s'aggloméraient un petit peu à nous. Pas toujours de méchantes gens, mais des « inmontrables ».
Regrettez-vous aujourd'hui

vos provocations verbales

qui ont émaillé votre parcours ?
Je n'ai jamais fait de provocations verbales. D'aucuns les ont considérées comme telles ou les ont baptisées comme telles pour leur usage.
Votre fille dit défendre la laïcité.
Pendant des années, c'est un mot
qui était absent au sein du discours...
Marine Le Pen n'est pas une philosophe laïque, promoteur de valeurs philosophiques particulières. C'est un combat contingent, lié évidemment à la montée de l'islamisme. C'est l'un des combats parallèles à celui contre l'immigration massive.
Serez-vous président d'honneur

du FN jusqu'à votre mort ?
Semble-t-il. Le plus tard possible.