Egypte: Le mouvement du 6 avril surveille les Frères musulmans

MONDE Précurseur de la révolution, ce mouvement libéral poursuit ses actions citoyennes dans un pays rongé par les difficultés économiques...

Matthieu Goar

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Un militant du mouvement du 6 avril distribue des tracts et appelle la population à surveiller le nouveau pouvoir au Caire, en septembre 2012.
Un militant du mouvement du 6 avril distribue des tracts et appelle la population à surveiller le nouveau pouvoir au Caire, en septembre 2012. — Alexandre Gélébart/20 minutes

De nos envoyés spéciaux au Caire, Alexandre Gélébart et Matthieu Goar

Un œil sur son iPad où défile sa timeline Twitter, Mahmoud Afifi reçoit dans une pièce immaculée au 5e étage d'un immeuble cairote. «Nous venons de nous installer la semaine dernière, ils n'ont pas eu le temps d' installer les micros», ironise-t-il au moment d'évoquer la surveillance policière.

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Quelques minutes plus tard, cet avocat de 27 ans, responsable du mouvement du 6 avril, une organisation libérale, découvre l'affiche de la nouvelle campagne d'actions intitulée «Nabd el mowaten», le «pouls de la population». L'idée est d'aller dans les quartiers populaires, de tracter et de demander à la population d'évoquer ses difficultés quotidiennes. Une façon de mettre le nouveau pouvoir sous surveillance. «Il est naturel que les difficultés économiques pèsent sur le peuple, qu'il est tendance à oublier son nouveau statut et c'est notre rôle d'activistes de lui faire reprendre conscience en permanence de ses droits, d'être le relais entre le peuple et les dirigeants, une sorte de lobby, de groupe de pression», résume Afifi.

Réputation piétinée par l'armée et les Frères musulmans

L'autre enjeu pour le mouvement du 6 avril est de défendre sa réputation piétinée par l'armée et les Frères musulmans. À écouter certaines déclarations des nouveaux maîtres de l'Égypte, les activistes du 6 avril seraient des agents des pays étrangers qui les financeraient en déversant des millions de livres égyptiennes. A écouter certains habitants du Caire, ces insinuations ont un certain impact. Mais à voir l'exigüité du local de l'organisation, elles sont sans doute loin de la réalité. «Nous nous auto-finançons. Vingt livres égyptiennes par mois et par adhérent, 100 pour ceux qui ont des moyens plus importants et nous votons régulièrement pour faire tourner les responsabilités», évoque Ahmad sur la longue route qui le mène dans le quartier de Tal-Beyya où 18 de ses camarades exhortent la population à raconter «les coupures de courant, ses problèmes d'ordures, ses tracas avec la police».

«Les policiers ne regardent plus le peuple de la même façon»

Au plus près de la population, sur le terrain ou via internet (une page Facebook très populaire), le mouvement du 6 avril entend ainsi poursuivre à sa façon la révolution de 2011, qui est un peu la sienne. En popularisant sur les réseaux sociaux les grandes grèves du textile de 2008 et en multipliant les actions (distribution de ballons multicolores avec l'inscription «À bas Moubarak»), le 6 avril est en effet considéré comme l' un des mouvements précurseurs de la révolution. Certains de ses militants ont passé des semaines dans les prisons de Moubarak, «humiliés, animalisés», souffle Afifi, méfiant dans cette Égypte post-révolutionnaire. «Ce qui nouveau depuis la révolution est que les policiers ont été très rabaissés dans leur amour-propre. Ils ont été secoués et ne regardent plus le peuple de la même façon. Mais toute cette fierté peut revenir très vite car le régime de Moubarak leur avait profondément inculqué cela», détaille-t-il, sans vraiment cacher son hostilité à l'arrivée au pouvoir du parti de la Liberté et de la Justice, l'émanation politique des Frères musulmans. «Au moins, le mandat du président Morsi laisse le temps à l'opposition de s'organiser», lâche-t-il.