Personnes âgées: «La dépendance, ce n'est pas une terreur, mais une appréhension»

INTERVIEW A l'occasion de la Journée internationale des personnes âgées, des seniors ont accepté de témoigner pour «20 Minutes»…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de personnes âgées, le 21 septembre 2010 à Paris. 
Illustration de personnes âgées, le 21 septembre 2010 à Paris.  — M. MEDINA/AFP PHOTO

Quelle vision du quotidien et de l’avenir a-t-on quand on a entre 75 et 90 ans? A l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, 20 Minutes a recueilli les témoignages de seniors. Vision de l’avenir et de la dépendance, relations affectives, isolement ou proximité avec la famille, elles nous parlent de ce qui les préoccupe ou leur donne de l’espoir.

  • Vie en ville, vie à la campagne, les relations avec la famille

Marie-Madeleine, 75 ans, Vrigny (Loiret): «Je vis dans un petit village, à l’orée de la forêt d’Orléans. De la nature, des chevaux, des bois! C’est très calme. Mon fils habite à deux heures et demie d’ici, ma fille en Allemagne, mais je ne me sens pas du tout isolée. Il y a des voisins, des voisines, je sors de chez moi et je rencontre du monde. Et puis j’ai quelqu’un qui m’est très proche, que je considère comme un fils, qui vit au village et qui m’aide beaucoup.»

Brigitte, 90 ans, Paris: «Je suis très entourée et bénéficie d’un environnement médical, avec deux fils médecins qui vivent ici. Je vis près de la place Contrescarpe [5e arrondissement]. C’est très animé, il y a des commerces, des jeunes, de la vie. Je ne me verrais pas du tout vivre à Neuilly par exemple, où il y a des rues désertes. Je n’ai pas peur de prendre le métro, même si maintenant le soir je prends des taxis. L’année dernière j’ai été agressée, on m’a volé mon sac. Mais cette agression n’a pas changé ma manière de faire ou de voir la vie.»

Manuela, 75 ans, Mèze (Hérault): «Je vis dans un village près de Sète. Il y a tout au village, de la vie, et surtout j’ai une fille et une petite-fille qui vivent juste à côté de chez moi. Je suis vraiment très contente qu’elles soient ici, même si je suis et reste indépendante. Dans ma famille, on s’est toujours aidé suivant les besoins. Je les ai aidés, ils m’aident, c’est une relation qui varie.»

  • Les activités, plutôt dehors ou plutôt chez soi?

Marie-Madeleine, 75 ans: «Cet homme qui m’a pris sous son aile vit au village. Je ne conduis pas, sinon ce serait une hécatombe (rires). Toutes les semaines, il m’emmène en voiture au centre Leclerc, à une dizaine de kilomètres. On part vers 17h40 on arrive vers 18h, on voit du monde. Et s’il y a de l’attente aux caisses, pas besoin de rouspéter, on a le temps! Si j’étais impatiente, je pourrais me faire livrer, mais je trouve que l’on est dans une société où il y a de moins en moins de contact, et je trouve cela dommage.» 

Brigitte, 90 ans: «Je ne reste pas dans mon fauteuil. Je sors tous les jours marcher, pour mes courses, pour aller au parc, en descendant une station de métro avant ma destination pour marcher. Je sors trois à quatre fois par semaine pour jouer du bridge de compétition… Et puis je lis et m’informe beaucoup. Mon programme n’est pas établi et je fais ce que je veux aujourd’hui, même s’il y a une plus grande fatigue au quotidien.»

Manuela, 75 ans: «J’ai arrêté les activités avec les autres personnes âgées car ça me barbait d’être avec des gens qui ronchonnent! J’ai fait de la peinture, mais j’ai arrêté pour m’occuper de mon mari malade pendant six ans, avant qu’il ne décède. Je lis beaucoup, je fais de mots mêlés et des mots cassés, et puis je m’occupe beaucoup de mon jardin, ce qui me plaît beaucoup. Ma vie est assez tranquille tout en étant active, et je ne m’ennuie jamais. Pas un instant.»

  • Peur du futur, de la dépendance?

Marie-Madeleine, 75 ans: «Pour le moment, j’ai des petits problèmes mais rien de bien méchant. Je ne veux pas trop penser à la question de la dépendance, ça fait parfois froid dans le dos.»

Brigitte, 90 ans: «Je ne veux pas trop y penser, je ne veux pas envisager d'aller dans une maison de retraite. Avec les images que l’on voit parfois, j’ai l’impression que cette vie serait comme un pied dans la tombe. Je prévois d’aménager mon logement et je fais attention de ne pas tout dépenser pour le futur. La dépendance, ce n’est pas une terreur, mais une appréhension.»

Manuela, 75 ans: «Je suis déjà arrière-grand-mère, et cela me plairait d’avoir de nouveaux petits-enfants! Pour le futur, j’espère rester chez moi le plus longtemps possible. Je vis de plain-pied, j’ai juste trois marches à gravir pour être chez moi. Après, si je dois aller dans une maison médicalisée, il n’y a pas de refus catégorique. J’ai vu la maison où était mon mari quand il était malade, et c’était très bien. Rien n’est donc exclu.»

>> Et vous, quel est votre vécu? Avez-vous des craintes pour le futur ou restez-vous confiants? Dites-le-nous dans les commentaires ci-dessous…