Un an après, où en est l'affaire Neyret?

ENQUÊTE 'ex-«superflic» est libre depuis bientôt quatre mois, mais l'instruction se poursuit -avant la tenue d'un procès qui pourrait n'avoir lieu qu'en 2014...

Nicolas Bégasse avec AFP

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Michel Neyret à Paris, le 4 septembre 2012.
Michel Neyret à Paris, le 4 septembre 2012. — LAURENT ETIENNE/SIPA

Il y a tout juste un an, le 29 septembre 2011 à l'aube, la «police des polices» cueillait à son domicile Michel Neyret, n° 2 de la PJ lyonnaise. Quelques jours plus tard, le 3 octobre, celui qui était jusqu’ici connu comme un «superflic» était mis en examen -ainsi que, au final, huit autres personnes- et écroué. Pour marquer cet anniversaire, 20 Minutes fait le point sur l’affaire Neyret, illustration de la frontière parfois perméable entre policiers, indics et truands.

Qui sont les mis en cause?

Michel Neyret est le plus médiatisé des mis en cause dans ce dossier, mais il n’est pas le seul. Outre son épouse Nicole, quatre autres policiers -le chef de l'antenne de la PJ de Grenoble, son adjoint, le patron de la Brigade de recherche et d'intervention de la PJ de Lyon et un membre de la brigade des stups de Lyon qui ont été suspendus depuis-, un douanier et deux corrupteurs présumés sont poursuivis. Il faut ajouter à ce groupe un magistrat de Cayenne, ayant officié à Lyon, à son tour mis en examen ce jeudi notamment pour accès frauduleux à un casier judiciaire. Soupçonné d'avoir révélé à Michel Neyret le contenu de deux casiers judiciaires, il a été placé sous contrôle judiciaire.

Que leur reproche-t-on?

Michel Neyret est soupçonné d'avoir fourni des renseignements à des personnes réputées proches du milieu lyonnais en échange de cadeaux et de faveurs. Sa mise en examen concerne les chefs de corruption, trafic d'influence, association de malfaiteurs ou encore trafic de stupéfiants. S'il a concédé devant les juges des «imprudences» en acceptant cadeaux et «faveurs», il réfute tout enrichissement personnel. Les autres mis en cause sont accusés d’avoir profité ou participé à ce système d’échange de faveurs et de cadeaux entre policiers et truands.

Que devient Michel Neyret?

L’ex-«superflic» a été libéré en mai dernier après huit mois de détention provisoire. Dans une interview accordée à France Info en juin, il remerciait les centaines de personnes qui lui ont écrit des lettres de soutien pendant sa détention et disait «attendre de reconstruire une nouvelle vie». Il a été placé sous strict contrôle judiciaire: privé de permis de conduire et interdit de quitter la Meurthe-et-Moselle, il vit à Toul, où il pointe chaque jour à la gendarmerie. «Il s'est aminci, il fait du tennis, est avide de lectures et se tient au courant de l'actualité», commente son avocat Gabriel Versini, qui lui téléphone régulièrement. «Il rencontre pas mal d'amis», mais n'est pas autorisé à voir son épouse. Des photos publiées dans la presse le montrent égal à lui-même: en VTT, blouson de cuir et mèche au vent. «Sa révocation (le 7 septembre par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls) est mal passée», confie cependant un autre de ses défenseurs, Yves Sauvayre.

Quels délais pour le procès?

L’instruction est toujours en cours, comme l’a montré la mise en examen d’un ex-magistrat lyonnais cette semaine. «On attend de nouvelles convocations des magistrats instructeurs pour des auditions complémentaires et probablement des confrontations», indique Gabriel Versini, qui mise sur un procès «pas avant 2014». Prochaine étape judiciaire: le 16 octobre devant le tribunal correctionnel de Lyon qui examinera trois plaintes de la défense «pour atteinte à la présomption d'innocence» à l'encontre de VSD et Paris Match pour avoir publié des photos volées.

Comment s’est réorganisée la police lyonnaise?

Francis Choukroun, ancien directeur de la PJ d'Orléans, a succédé fin novembre à Claude Catto à la tête de la Direction interrégionale de la PJ (DIPJ) de Lyon. Le supérieur hiérarchique de Michel Neyret, qui n'est pas poursuivi dans l'affaire, a été muté à l'Inspection générale de la police nationale. Un an après, «tout ce qui concerne les indics est encore plus codifié qu'avant, rigidifié et appliqué strictement», souligne une source policière interrogée par l’AFP, concédant «qu'il y a un peu moins d'infos qu'avant».