Etudes sur les OGM: «La communication est réussie mais...»

DÉCRYPTAGE ne semaine après sa publication et alors que sortent, ce mercredi, un film et un livre sur le sujet, «20 Minutes» revient la communication qui a entouré l’événement...

Mathieu Gruel

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Les rats utilisés lors de l'étude, parue dans la Revue internationale «Food and Chemical Toxicology», montraient d'importantes tumeurs
Les rats utilisés lors de l'étude, parue dans la Revue internationale «Food and Chemical Toxicology», montraient d'importantes tumeurs — CRIIGEN / AFP

La publication a fait grand bruit. La semaine dernière, l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini révélait en effet une étude conduite sur des rats, montrant la toxicité d’un maïs OGM traité au Roundup. Relayée d’abord par Le Nouvel Observateur, puis par une majorité de titres de presse, cette étude est donc suivie, ce mercredi, d’un livre (Tous cobayes!, éditions Flammarion), écrit par le professeur Séralini et d’un documentaire de Jean-Paul Jaud, tous deux basés sur les travaux conduits par l’équipe de scientifique du Criigen.

Pourtant, du côté du service communication mis en place pour la sortie du livre, «on ne pense pas qu’il y ait eu volonté de tout planifier». D’ailleurs, après la publication de l’étude, «aucun service de communication spécifique n’avait été mis en place au Criigen». Les choses se seraient donc emballées naturellement, après la publication des résultats.

Frapper fort

Sauf que, pour beaucoup d’observateurs, ce qui ressemblait fort à «une communication frontale, conduite sur différents supports», ne surprenait pas vraiment. «C’est même quelque chose de commun», analyse Pascale Brousse, spécialiste de la communication. D’après elle, «c’est d’ailleurs logique qu’ils essayent de frapper fort sur un sujet aussi sensible».

Notamment en utilisant des pratiques répandues dans le monde de la communication, mais un peu moins dans le monde scientifique. «Certes, la communication semble réussie, puisque les journalistes en ont parlé», estime Philippe Crouzet de la société de communication scientifique Estium-concept. Mais dans le même temps, il comprend les critiques qui ont pu s’élever de la part de la communauté scientifique. «Il y a des règles dans la communication scientifiques qui sont difficiles à dépasser avec une communication traditionnelle», explique-t-il.

«Réussie en terme de com’»

Lorsqu’une étude scientifique est terminée, un article doit en effet être publié, avec la méthodologie et les protocoles utilisés. Cela permet alors à d’autres scientifiques de commenter les résultats et de les valider. «C’est un temps long, qui ne fonctionne pas sur le grand public», reconnaît Philippe Crouzet. D’après lui, «cette étude est donc réussie en terme de com’, mais il y a un risque de se décrédibiliser par rapport aux autres scientifiques».

Pour Guy Mordret, gérant de la société de communication scientifique Anaximandre «quand il s’agit de contrer des arguments de certaines multinationales, il ne faut pas hésiter à utiliser les mêmes méthodes d’eux». Dans le viseur, il y a notamment Monsanto, qui commercialise les Roundup utilisés dans cette étude. Etude dont« le seul élément gênant pour sa crédibilité pourrait être la grande proximité avec Corinne Lepage», souligne-t-il. L’ancienne ministre est en effet présidente d’honneur du Criigen, dont fait parti le professeur Séralini. «Même si cela a certainement aidé à sa médiatisation».