Victime d'une erreur judiciaire: «J'en ai l'air, mais je ne suis pas réinséré»

INTERVIEW Contacté par «20 Minutes», Roland Agret, victime d’une erreur judiciaire, revient sur son combat pour faire reconnaître son innocence...

Propos recueillis par Mathieu Gruel

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Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007
Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007 — BENAROCH/SIPA

Il a passé sept années derrière les barreaux. Pour rien. Ce n’est qu’au terme d’un âpre combat, dont il garde les stigmates, qu’il a réussi à faire éclater la vérité après cette peine inutile. Une peine aussi longue que celle purgée par Loïc Sécher, qui s’est vu octroyer ce mardi quelque 797.532 euros d’indemnités en compensation des préjudices matériel et moral subis. Pour 20 Minutes, Roland Agret revient sur ce combat…

Que pensez-vous de l’indemnisation reçue ce mardi par Loïc Sécher?

Le terme indemnisation est indécent d’un point de vue judiciaire. Ça voudrait dire que l’on a tout réparé et que l’on repart à zéro. Sauf que ce n’est pas le cas. Qu’on lui redonne un socle social pour refaire sa vie c’est la moindre des choses, mais comment peut-on avoir la sotte prétention de rentrer dans la tête des gens pour savoir le niveau de leur souffrance? J’espère simplement qu’il va pouvoir se reconstruire.

Vous avez vous-même été victime d’une erreur judiciaire…

Oui, pour laquelle j’ai moi aussi touché des indemnités de la part de la justice. J’en ai profité pour emmener toute ma famille en vacances au bord de la mer pendant un mois. Mais cet argent aide simplement à se remettre sur les rails, à tourner la page. En prison, on perd tout, boulot, maison… J’ai aussi perdu mes parents pendant ma détention, qui avaient dû vendre leur appartement à Nîmes. Avec cet argent, j’ai ainsi pu racheter une maison, dans laquelle je vis.

L’argent ne fait certainement pas tout?

Ce qui compte, ce n’est pas la somme, mais la reconnaissance de notre préjudice. Je n’en veux pas à la justice de se tromper, mais elle est exécrable quand elle se croit infaillible.

Vous avez d’ailleurs beaucoup lutté pour faire reconnaître votre innocence…

Oui, chaque fois, j’ai été obligé de faire des actions, pour alerter sur ma situation. Je me suis coupé deux doigts. J’ai fait une grève de la faim de plus d’un an. Je me suis même tiré une balle dans le pied en 2005, pour réclamer des indemnités à la justice. Et à chaque fois, elle m’a donné raison, mais après coup. Heureusement, on vit beaucoup mieux amputé physiquement que moralement.

Comment vous êtes-vous réinséré?

J’ai eu beaucoup de chance. Ma femme m’a aidé et a porté mon cri à l’extérieur. Et puis, une fois dehors, ou je me flinguais ou j’avais une vie utile. J’ai alors pu vivre de l’écriture. Je fais même des émissions de télévision… La roue a bien tourné. Après, j’ai l’air réinséré, mais je ne le suis pas vraiment, c’est impossible quand vous avez vécu ce que l’on a vécu.