«Personne ne mange d'OGM, ce n'est pas possible»

SANTÉ aut-il redouter d’ingurgiter des organismes génétiquement modifiés et surtout, comment les éviter? «20 Minutes» fait le point...

Mathieu Gruel

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Lors d'un débat sur le OGM à Clermont-Ferrand, le 22 mai 2006
Lors d'un débat sur le OGM à Clermont-Ferrand, le 22 mai 2006 — RICLAFE/SIPA

Tout ne serait en fait qu’une question de sémantique. «On ne mange jamais d’organisme», prévient Philippe Joudrier. Et donc pas plus d’organisme génétiquement modifié. Cet ancien président d’un Comité d'expert spécialisé en Biotechnologie de l'Afssa, en charge de l'évaluation des OGM de 2006 à 2009 et auteur du livre OGM: Pas de quoi avoir peur, se veut donc rassurant. «Je peux vous rassurer tout de suite, personne ne mange d’OGM, ce n’est pas possible.»

S’il est en effet possible que des animaux, eux, mangent des ingrédients issus d’OGM, tels que les tourteaux de soja, ce n’est pas pour autant que ces organismes vont finir dans notre assiette. «A partir du moment où il y a eu transformation dans l’animal, leur trace est impossible à détecter», détaille le spécialiste. Viandes et œufs seraient donc épargnés.

Validation par le ministère de l’Agriculture

Pour les légumes, les risques seraient également limités. «Toutes les variétés nouvelles sont contrôlées par le Comité technique permanent de la sélection (CTPS), avant d’être autorisées. Elles sont ensuite publiées dans le catalogue officiel des variétés et espèces.» C’est dans ce grand catalogue que sont donc répertoriées les espèces qui seront ensuite cultivées, puis commercialisées après validation par le ministère de l’Agriculture. L'inscription est valable dix ans et peut être renouvelée par périodes successives de cinq ans.

Les OGM, en ce qu’ils résultent d’une transgénèse (transfert de gènes) seraient donc absents de nos assiettes. Il s’agirait en fait d’un abus de langage. La définition donnée aux OGM par l’Union européenne serait d’ailleurs inexacte, selon Philippe Joudrier. «D’après cette dernière, il ne s’agirait  que de modifications que l’on ne rencontre pas dans la nature. Qui seraient issues du génie génétique. Or la transgénèse existe naturellement. Elle existe dès lors que deux individus se croisent.»

Croisements traditionnels

Plus que les espèces issues d’OGM, tels que définis par l’Union Européenne, celles provenant de croisements «traditionnels» pourraient s’avérer plus problématiques. Ne rentrant pas dans cette norme OGM, elles n’en sont pas moins modifiées. «Par le passé, des céleris ou certaines variétés de pommes de terre ont d’ailleurs dû être retirées de la vente, parce qu’elles présentaient un danger sanitaire.» Heureusement, des organismes comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) veillent.

Aucun étiquetage des produits ne serait donc nécessaire pour tenter de s’y retrouver. Même sur certaines boîtes de maïs doux, où la mention «sans OGM» peut apparaître, «ce n’est que du marketing», sourit Philippe Joudrier. « Dès lors que le produit a été transformé et cuit, il n’y a plus d’organisme dedans.» Et donc pas d’OGM.