20 ans du traité de Maastricht: «Je me suis fait avoir et ça me rend dingue»

TÉMOIGNAGES ingt ans après, quel bilan les internautes de «20Minutes» font-ils du traité de Maastricht?...

Témoignages édités par Christine Laemmel et Mathieu Goar

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Après deux jours d'intenses négociations au Palais des Congres de Maastricht, les 12 adoptent le Traite de Maastricht le 10 décembre 1991.
Après deux jours d'intenses négociations au Palais des Congres de Maastricht, les 12 adoptent le Traite de Maastricht le 10 décembre 1991. — CHESNOT/SIPA

Le 20 septembre 1992, le traité de Maastricht est adopté de justesse avec 51.04% de «oui». Vingt ans plus tard, ils ne seraient plus que 36% à le soutenir, selon un sondage IFOP pour le Figaro, publié le 17 septembre. D’où vient ce désamour des Français envers les institutions européennes? Regrettent-ils vraiment les changements induits par Maastricht? Nous avons posé la question aux internautes de 20 Minutes

«Je croyais en une Europe solidaire, j’ai voté oui»

A l’époque, Joli était «très hésitante». «J'avais voté oui à Maastricht mais du bout des lèvres, confie cette internaute qui réagit par mail. J'ai suivi les conseils de mes parents, qui avaient connu la guerre, surtout mon père qui souhaitait une Europe de la paix.» Pierre revient lui aussi sur un contexte de référendum assez flou. «Un cahier de plusieurs pages en tous petits caractères soit trois heures à lire, c'était ça qu'on nous demandait d'approuver, raconte-t-il, presque frustré. J'avais confiance dans les gouvernants dont Mitterrand, j'ai voté oui.»

Porté par les discours de Jacques Delors, président de la Commision Européenne en 1992, Dollar, tout comme Olivier qui «rêvait d’Europe», étaient convaincus du bien-fondé de ce traité. Même engouement pour Waterduck, qui a même milité pour le «oui» en 1992, alors «persuadé que l’union fait la force».  «J'ai voté oui car j'y croyais vraiment à cette Europe solidaire, explique Dollar, nostalgique. Mais je n'ai pas lu la totalité du traité, grossière erreur (…) Je me suis fait avoir et ça me rend dingue»

«Je n'avais pas prévu la confiscation de l'économie par la finance»

«Floué», «trompé», les internautes, pourtant pas forcément eurosceptiques, sont pour beaucoup tout simplement déçus. «Je n'avais pas prévu la privatisation de nos services publics et la confiscation de l'économie par la finance», estime Waterduck. «J'avais voté oui, ce que je regrette amèrement. Economiquement, nous avons complètement sabordé notre pays, sans avoir conscience du danger. En 1992, après la chute du mur de Berlin et la désintégration de l'URSS, je croyais en l'avenir. Aujourd'hui, j'en viens à regretter le passé», écrit Mowak.

Une Europe désorganisée en 2012, loin de celle «espérée par De Gaulle et Adenauer» selon Aninnin. «En fin de compte, chacun a fait son marché, y a pris ce qu'il l'intéressait, analyse-t-il. A six, il fallait prendre tout ou ne pas rentrer dans l'Europe. Là, certains ont l'Euro d'autres pas. C'est le foutoir!»

En 1992, selon certains internautes, les stigmates de la deuxième guerre mondiale et de la guerre froide ont biaisé le choix des Français. Joli, avec un père militaire, espérait une Europe solidaire, une Europe de la paix. «Il n’y aucune solidarité dans cette Europe (…) Seule l’Europe économique a été prévue» regrette-t-elle. Héliaste va plus loin, accusant les politiques d’avoir «joué sur les peurs pour faire adopter ce traité». «C'était Maastricht ou la guerre. Nous avons eu Maastricht et la ruine.» écrit-il.

«Je regrette que l'Europe n'aille pas plus loin»

En réponse à ces internautes, Howard Heino évoque la France d'avant. «Avant Maastricht, il fallait montrer son passeport partout pour sortir de France. Pour ce qui est de l'économie, personne n'était là pour dire à nos gouvernements de limiter leur déficit budgétaire. C'est un peu facile d'imputer à l'Europe les conneries que nos politiques font tout seuls», lâche-t-il.

Redwolf confesse lui «certes une Europe mal faite», mais refuse le «c'était mieux avant». «Je regrette que l'Europe n'aille pas plus loin (…) Une Europe fédérale basé sur les Länder allemand. Il y a beaucoup de disparités entre les nordiques, les latins ou les slaves, mais l'unification de différentes cultures ne deviendra pas une monoculture. Il existe encore beaucoup de différences entre un californien et un habitant du Kansas, un Bavarois et un Berlinois. Ce serait peut-être difficile pour les générations actuelles, mais il faut voir plus loin que le bout de son nez et penser aux futures générations. La France est un tout petit pays à l’échelle mondiale. Elle a jadis été un très grand pays mais ce temps est révolu.»