Film anti-islam: «Il est difficile de prendre la mesure de l'islamophobie en France»

INTERVIEW Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations, revient sur la polémique née des propos de la comédienne Véronique Genest...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

— 

Des personnes devant un stand de la 25ème rencontre annuelle des musulmans de France, le 8 mai 2008 au Bourget (Seine-Saint-Denis).
Des personnes devant un stand de la 25ème rencontre annuelle des musulmans de France, le 8 mai 2008 au Bourget (Seine-Saint-Denis). — P.HERTZOG / AFP

Véronique Genest s'est invitée lundi soir dans la polémique sur le film anti-islam et n’en finit plus ce mardi de répondre à la déferlante de réactions causées par un tweet puis son intervention sur NRJ 12 dans laquelle elle se déclarait «islamophobe, comme beaucoup de Français». Contacté par 20 Minutes, Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations, analyse ce phénomène qui revient à chaque événement impliquant négativement l’islam.

Peut-on donner raison à Véronique Genest, qui dit que «beaucoup de Français» sont islamophobes?

Il est difficile de prendre la mesure de l’islamophobie en France. Même en s’appuyant sur des actes islamophobes, des plaintes ou des contentieux, ce n’est pas forcément révélateur. Les rares indicateurs que nous avons sont un sondage effectué il y a quelques années, montrant une réticence des Français à avoir un président musulman, ou des tests effectués avec l’aide de CV par un sociologue américain en région parisienne qui confirment que, dans le domaine de l’embauche, les recruteurs n’apprécient pas les signaux d’appartenance à la religion musulmane.

Les peurs cachent souvent de l’ignorance, est-ce le cas avec l’islam?

Oui, c’est ce qui ressort le plus souvent. Nous avons posé la question à des Français sur les préjugés positifs et négatifs qu’ils ont à propos de groupes prédéfinis (obèses, noirs, seniors, etc.). Pour les personnes d’origine maghrébine, les termes négatifs qui ressortaient le plus souvent étaient «étranger», «musulman» et «intégriste». Ce n’est pas un hasard, il y a un phénomène de généralisation. Il suffit de quelques intégristes à la Concorde pour que les préjugés négatifs liés à la religion musulmane se généralisent à l’ensemble du groupe.

Les médias sont souvent montrés du doigt. Sont-ils responsables de l’islamophobie?

La question est surtout de savoir ce qu’ils font d’une information négative pour l’image de l’islam. Les gens réagissent à la médiatisation d’un événement; les images diffusées par les médias, mettant en cause des musulmans, créent forcément un effet. C’est toujours la même chose, un stéréotype se crée à partir de quelques exemples et on ne peut pas non plus relater des événements négatifs sans en montrer les images. Cependant, malgré la liberté d’expression, on peut s’interroger sur l’invitation qui a été adressée à Véronique Genest, à qui on déroule le tapis rouge pour tenir des propos dommageables et un discours intolérant qui n’avancent à rien et doivent rester dans la sphère privée. Quand vous avez une parole publique, c’est une responsabilité et c’est malheureusement toujours la vision négative, celle qui défraie la chronique, qui l’emporte.

Que peut-on faire pour lutter contre cette islamophobie?

Les préjugés et les stéréotypes sont extrêmement répandus dans toutes les sociétés. Il faut ainsi éviter que cette expression du racisme, de l’islamophobie, ait des comportements dommageables. Il appartient notamment aux médias de modifier cette réaction en montrant aussi des images positives, sans que ce soit de type «bisounours», afin qu’une opinion se développe. Les gens sont très sensibles à ces stimuli même si cela peut aussi les toucher dans leur vie personnelle et c’est encore plus préoccupant pour eux. De même, il est important que des personnalités de la communauté musulmane, comme l’imam de Drancy par exemple, montent au créneau. Le monde de la publicité est également concerné parce que ça a beaucoup d’impact.