Geneviève Fioraso: «Cinq mille postes en plus pour la réussite en licence»

INTERVIEW La ministre veut lutter contre l'échec à l'université...

Propos reccueillis par Delphine Bancaud

— 

Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur
Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur — V. WARTNER / 20 MINUTES

Ce mardi matin, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche détaillera sa feuille de route lors de sa conférence de presse de rentrée. Elle dévoile en avant-première à 20 Minutes sa stratégie pour lutter contre l'échec à l'université.

Le plan Réussir en licence lancé par Valérie Pécresse en 2007 visaità diviser par deux le taux d'échecen cinq ans. A-t-il porté ses fruits?
Non. Car aujourd'hui, 41% des étudiants de première année ne passent pas en seconde année et le taux d'échec a augmenté de 4 points entre 2007 et 2012. L'enveloppe de 730 millions du plan a été entièrement dépensée, mais tous les crédits n'ont pas été consacrés à la lutte contre l'échec en licence. De plus, ce plan manquait de mode opératoire. Du coup, même si des expériences intéressantes ont été menées dans certaines universités, elles n'ont été ni évaluées ni capitalisées.

Quelles sont vos pistes pour lutter contre l'échec?
Nous allons créer 5 000 postes en cinq ans pour améliorer la réussite en licence, dont 1.000 dès la rentrée 2013. Il s'agira de postes d'enseignants, d'animateurs de «learning centers», de formateurs en langues, de conseillers d'orientation… Ils permettront notamment de former des petits groupes lors des travaux dirigés et d'avoir une approche plus personnalisée de l'étudiant. Je souhaite aussi améliorer la formation à la pédagogie des enseignants universitaires, qui pourront profiter des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation, créées à la rentrée 2014.

Comment allez-vous mesurer l'impact de ces mesures?
Nous allons observer l'effort des universités dans la lutte contre l'échec en licence en mettant en place, dès la rentrée 2013, des indicateurs pour évaluer la réussite de leurs étudiants. Nous mettrons aussi en valeur les initiatives pédagogiques innovantes des universités sur le site du ministère. Et ce, dès cette année.

Le tutorat ne bénéficie pas aux étudiants les plus en difficulté. Comment améliorer le dispositif?
Je vais donner comme consigne que le tutorat soit mis en œuvre plus tôt dans l'année, afin que les étudiants puissent être accompagnés dès leurs premiers pas à l'université.

Comment améliorer l'assiduitédes étudiants?
Je vais discuter avec la Conférence des présidents d'université de la manière d'instaurer un contrôle de l'assiduité des étudiants. Il faut aussi faire en sorte que les étudiants puissent se rendre en cours, en limitant le travail salarié. Nous avons donc engagé une concertation avec les syndicats sur la refonte des aides fiscales et sociales des étudiants et sur la possibilité de mettre en œuvre une allocation, sous condition de ressources. Des propositions pourraient être faites dans ce sens en 2013.

L'échec en premier cycle est aussi dû à la mauvaise orientation des jeunes. Comment y remédier?
Avec le ministère de l'Education, nous allons créer un grand service d'orientation territorial qui verra le jour en 2013, afin que les étudiants ne s'orientent plus par défaut, mais en ayant une vraie connaissance des débouchés des formations. Nous allons aussi améliorer la lisibilité de l'offre de formation en diminuant le nombre d'intitulés de diplômes. Par ailleurs, nous savons que beaucoup de bacheliers professionnels et technologiques s'orientent par défaut à l'université, car ils ne sont pas pris en BTS ou en DUT. A cette rentrée, j'ai donc demandé aux recteurs d'académie d'accueillir ces bacheliers lorsqu'ils avaient des places vacantes en BTS et en DUT. Cette démarche sera reconduite lors de la rentrée 2013.