« Certains ont juste besoin d'entendre quelqu'un... »

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Les 1 500 bénévoles de SOS Amitié sont formés par des psychologues.
Les 1 500 bénévoles de SOS Amitié sont formés par des psychologues. — G . VARELA / 20 MINUTES

La semaine dernière, c'était un jeune schizophrène. « Il était très intelligent. Et conscient que sa maladie était la cause principale de son isolement, confie Antoine*. La conversation a duré une heure. Pas facile de trouver les mots justes dans ce genre de cas… » Pourtant, Antoine commence à être rodé. Chef d'entreprise dans les nouvelles technologies, il est bénévole pour SOS Amitié depuis 2006. « Ça a débuté par hasard. J'avais besoin de donner un peu de temps. Je voulais équilibrer les choses dans ma vie. » Aujourd'hui, il consacre quatre heures par semaine à « écouter » les autres. « On nous demande vraiment d'être une oreille, précise Thérèse, retraitée qui effectue le même travail depuis quinze ans. Ni conseils, ni jugement. Il faut laisser le temps aux gens de déposer leurs soucis. Souvent, ils me demandent quoi faire pour résoudre le problème, je leur dis qu'on doit y réfléchir ensemble… »
Chômage, logement, maladie ou divorce : les motifs qui poussent les gens à décrocher leur combiné sont divers. « Mais ils souffrent tous de solitude, lâche Fabien, un étudiant de 23 ans qui est devenu bénévole de SOS Amitié en lisant les petites annonces. Certains appellent alors qu'ils n'ont rien à dire. Ils se sentent juste seuls. Et ont besoin d'entendre quelqu'un… » Pour cela, les 1 500 bénévoles ont reçu une solide formation de 80 heures dispensée en partie par des psychologues. « Mais de temps en temps, on passe à côté d'un appel, avoue Antoine. Nous avons une lourde responsabilité… » Car, à l'autre bout du fil se trouve parfois un suicidaire qui s'apprête à passer à l'acte. « Avec ceux-là, il faut desserrer l'angoisse. Et surtout ne pas hurler : “Ne le faites pas ! Ne le faites pas !” » Surtout que l'association SOS Amitié interdit à ses écoutants de révéler leur prénom et de s'attacher aux situations. « C'est compliqué, témoigne Fabien. Au début, on tâtonne. C'est difficile de prendre du recul et de ne pas repenser aux situations une fois le combiné raccroché. » Thérèse conclut : « C'est sûr que ça fait relativiser nos petits soucis… »