Mariage homosexuel: Des arguments bien tranchés pour les pro et les anti

SOCIETE Le débat se poursuit avec les dernières pistes lancées par la ministre de la Justice, Christine Taubira, à propos du projet de loi...

Corentin Chauvel
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Gros plan d'un insigne lesbien et du drapeau homosexuel réalisé le 10  mars 2007 devant la maire de Morlaix lors d'une manifestation  rassemblant une trentaine de personnes pour demander le droit au mariage  homosexuel.
Gros plan d'un insigne lesbien et du drapeau homosexuel réalisé le 10 mars 2007 devant la maire de Morlaix lors d'une manifestation rassemblant une trentaine de personnes pour demander le droit au mariage homosexuel. — AFP PHOTO FRED TANNEAU

Alors que le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels est bel et bien sur les rails avec un vote prévu pour le premier semestre 2013, les deux camps qui s’opposent sur la question poursuivent leur bataille médiatique de plus belle afin de faire entendre leur voix. 20 Minutes fait le point sur les arguments des uns et des autres.

Le mariage gay, une question de «civilisation»?

«C'est une rupture de civilisation de vouloir dénaturer le mariage qui est depuis toujours une réalité merveilleuse et fragile», a estimé le mois dernier le cardinal Philippe Barbarin. Ce terme avait déjà été repris par Henri Guaino en janvier 2011, alors que le Conseil constitutionnel avait confirmé l’illégalité du mariage homosexuel: «C'est une question de société, voire de civilisation. Il appartient donc au peuple français et à ses représentants de la trancher. C'est une question trop profonde (...) pour être tranchée par le droit.» Cette assimilation à un «choix de civilisation» est dénoncée par l'Union des familles laïques (Ufal). «La civilisation dont ils parlent a disparu depuis bien longtemps. Oser en parler est scandaleusement obsolète», s’insurge auprès de 20 Minutes Charles Arambourou, responsable de la commission laïcité de l’Ufal. «Le modèle dominant (marié, hétérosexuel et fidèle), c’est fini. Aujourd’hui 90% des enfants sont issus de familles monoparentales ou recomposées», ajoute-t-il. 

Notre société est-elle assez ouverte sur le sujet?

«Est-ce un progrès pour la société que de vouloir instituer des tendances sexuelles au détriment des deux seules identités qui existent, celle de l’homme et celle de la femme?», s’interrogeait en 2004 la Conférence des évêques de France dans un bulletin portant sur «homosexualité et mariage». Les opposants à l’adoption par les couples homosexuels soulignent notamment que les enfants issus de ces couples pourraient souffrir de moqueries voire de discriminations à l’école et dans la société en général. Si Charles Arambourou concède ces souffrances actuelles parce que ces pratiques «ne sont pas encore entrées dans les mœurs», il estime que ce n’est pas en refusant de les intégrer dans la vie civile que ces discriminations disparaîtront. «La loi précèdera les mœurs», juge l’administrateur de l’Ufal qui estime que l’Eglise tente «de ranimer une guerre idéologique autour de la famille, comme elle l’a fait en 1984 à propos de l'école privée».

L’évolution des sondages

Selon un récent sondage Ifop, 65% des Français sont favorables à l'union entre personnes du même sexe et 53% à l'adoption par les couples de même sexe, confirmant une nette progression positive ces quinze dernières années. Cette évolution «permet de faciliter les choses», se félicite Charles Arambourou. De son côté, la Conférence des évêques de France pointait du doigt en 2004 la «propagande» des associations homosexuelles aboutissant à ce résultat: «Depuis quelques années, le développement de revendications homosexuelles n’a pas cessé de s’imposer au point que la société, sous la pression d’un discours uniforme, a fini par devenir tolérante et indifférente à l’homosexualité. La sentimentalité et la publicité qui entourent l’homosexualité provoquent un aveuglement intellectuel pour discerner les enjeux et les conséquences pour la société.»

Quid du Pacs?

Depuis 1999, le Pacte civil de solidarité (Pacs) est le seul contrat qui se trouve à mi-chemin entre le mariage et le concubinage. Pour les opposants au mariage homosexuel, cela est déjà bien assez pour les couples de même sexe. S'il comporte désormais de nombreux droits, le Pacs est cependant «limité et ne va pas aussi loin que le mariage», notamment en ce qui concerne les successions, déplore Charles Arambourou qui prône une véritable union civile sous forme de contrat valable pour tous les couples. «Il faut qu’on sorte du mariage qui est à l’origine une institution patriarcale et religieuse que le code civil n’a fait que laïciser», explique-t-il.