Lyon: Sept policiers soupçonnés de corruption placés en garde à vue

SOCIETE Après l'affaire Neyret, nouveau scandale dans la ville du Rhône où des fonctionnaires sont soupçonnés d’avoir été trop proche d’une famille de délinquants...

M.P. et C.C. avec E.F. à Lyon et Reuters

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Maitre Gabriel Versini, avocat d'un des sept policiers interpellés à leur domicile, dans le cadre d’une vaste opération judiciaire, le 11 septembre 2012 devant le commissariat de Villeurbanne.
Maitre Gabriel Versini, avocat d'un des sept policiers interpellés à leur domicile, dans le cadre d’une vaste opération judiciaire, le 11 septembre 2012 devant le commissariat de Villeurbanne. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Nouveau coup dur pour la police lyonnaise. Onze personnes dont sept fonctionnaires ont été interpellés ce mardi matin à leur domicile pour des faits de corruption ou de trafic d’influence, révèle le Progrès.

Parmi les sept policiers arrêtés figuraient un officier et des gardiens de la paix. Seuls deux d’entre eux, selon une source policière proche de l’enquête interrogée par 20 Minutes, sont en poste au commissariat de Venissieux, dans la banlieue sud de Lyon, les quatre autres étant employés au sein de la direction départementale de la sécurité publique du Rhône. Cinq fonctionnaires ont été arrêtés à leur domicile et deux d’entre eux sur leur lieux de travail à leur prise de service et sont depuis en garde-à vue au sein de la direction départementale de l’IGPN à Villeurbanne.

«Ils sont tous âgés de 35 à 45 ans. Ce ne sont pas des poulets de trois semaines», a ajouté cette source. Dans le cadre de cette affaire de corruption et trafic d’influence présumés, deux délégués du procureur «des policiers à la retraite chargés de régler des petits litiges dans des maisons de justice», ont également été interpellés ce mardi matin et placés en garde-à-vue.

«Des liaisons dangereuses»

Tous sont soupçonnés d’avoir entretenu des relations douteuses avec les membres d’une famille de Vénissieux, délinquants notoires. Deux frères de cette famille ainsi que deux hommes appartenant à leur entourage professionnel ont également été arrêtés. Ils sont depuis en garde à vue au sein de l’hôtel de police de Lyon.

«Il y a des gens ici qui ont des choses à dire. Ils les formulent avec sérénité», a indiqué à 20 Minutes Gabriel Versini, avocat de deux des fonctionnaires de police interpellés. «Ils sont gardés à vue pour des relations à la lisière du professionnel-personnel et des liaisons dangereuses», a-t-il ajouté, «serein autant que possible». 

Des services rendus aux délinquants?

L’instruction judiciaire était menée par le tribunal de grande instance de Lyon. L'enquête, confiée à la Sûreté départementale et à l’Inspection générale des services (IGPN), s'est étendue pendant un an notamment sous forme de filatures et d'écoutes téléphoniques et vise à mettre au jour un véritable réseau de corruption. Les policiers sont suspectés d'avoir reçu des cadeaux de la part de délinquants en échanges de renseignements.

Même si l’affaire risque de troubler à nouveau le milieu de la sécurité lyonnaise, quelques jours après que le ministère de l’Intérieur a prononcé la révocation de l’ex-commissaire Neyret, une source judiciaire a pris soin de préciser: «Il n’y a aucun rapport avec l’affaire Neyret, ce dossier est complètement distinct, il est mené par un juge de Lyon avec la volonté des autorités de mettre à jour des comportements présumés déviants».

«Il n’y a pas que des flics ripoux dans la police»

«J’ai appris ça à 6h du matin, je suis consterné, abasourdi. Mais nous en sommes qu’au début de l’enquête. Ces gardiens de la paix ont comme tout le monde droit à la présomption d’innocence. Cela prouve aussi, un an après l’affaire Neyret, que dans la police nationale, ce n’est pas l’omerta», a réagi Jean-Paul Borrelli, du syndicat Alliance, auprès de 20 Minutes.

Pour Thierry Clair, du syndicat Unité Police, «il faut rester prudent par rapport aux suites de l’enquête». «Il ne faut surtout pas généraliser, il n’y a pas que des flics ripoux dans la police. L’affaire Neyret est maintenant passée. Cette enquête-là n’a rien à voir avec», a-t-il ajouté auprès de 20 Minutes.