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INTERVIEW« L’humour est la vaseline de la vie », estime Camille Chamoux

« Les Randonneuses » : « J’aimerais que le regard sur les femmes atteintes de cancer change », confie Camille Chamoux

INTERVIEW
La minisérie « Les randonneuses » met en scène six femmes atteintes de cancer ou en rémission à l’assaut du dôme de la Lauze, à près de 4.000 mètres d’altitude
Camille Chamoux incarne Patty dans la minisérie « Les Randonneuses ».
Camille Chamoux incarne Patty dans la minisérie « Les Randonneuses ».  - C. G. JERUSALMI / HABANITA FEDERATION ENTERTAINMENT /TF1 / Phototélé
Anne Demoulin

Anne Demoulin

L'essentiel

  • TF1 diffuse ce lundi la minisérie Les Randonneuses, créée par Fanny Riedberger (Lycée Toulouse-Lautrec), qui suit six femmes atteintes de cancer ou en rémission qui relèvent le défi de partir en randonnée à l’assaut du dôme de la Lauze, à près de 4.000 mètres d’altitude.
  • Une série portée par Alix Poisson, Clémentine Célarié, prix de la meilleure actrice à Séries Mania, Joséphine de Meaux, Claire Borotra et Tiphaine Daviot.
  • Rencontre avec Camille Chamoux, qui incarne la pétulante Patty.

Une ascension jubilatoire et touchante ! Les Randonneuses, dramédie en six épisodes signée Fanny Riedberger (Lycée Toulouse-Lautrec) et diffusée ce lundi à 21h10 sur TF1, suit six femmes, atteintes du cancer ou en rémission, qui décident de partir à l’assaut du dôme de la Lauze, un sommet de près de 4.000 mètres, en mémoire d’Eve (Elsa Lunghini), une copine de chimio décédée. Servie par un casting qui force le respect (Alix Poisson, Clémentine Célarié, prix de la meilleure actrice à Séries Mania, Joséphine de Meaux, Claire Borotra, Tiphaine Daviot) et les somptueux paysages des Hautes-Alpes, cette minisérie livre un portrait drôle et tendre de six femmes sans jamais tomber dans le pathos malgré son sujet grave et encore tabou. A Séries Mania, Camille Chamoux, qui incarne la pétulante Patty, évoque cette série chorale pleine d’humour, de profondeur et d’intelligence.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?

J’ai aimé la richesse des personnages féminins proposés. C’est la première fois qu’on présente des héroïnes, atteintes du cancer ou en rémission, positives, drôles et sexy… et ce, malgré le fait de devoir se coltiner la maladie. Le rôle de l’art est de donner aux gens des représentations positives, ça fait profondément bouger la société et les lignes. La dramaturgie est très forte et liée à comment chaque personnage a traversé ses épreuves. Le réalisateur Frédéric Berthe nous a présenté un montage à la Lost, par flash-back… Tout est extrêmement bien écrit.

Avec Patty, on est loin de l’image qu’on se fait d’une femme atteinte par le cancer !

Oui, elle est exubérante, extravertie et se promène en minishort ! J’ai trouvé cela extrêmement revigorant et chouette d’avoir un personnage qui découvre sa sexiness avec le cancer. Cela prend à rebrousse-poil tous les clichés !

Quand on la découvre dans ses tenues bariolées, on est aussi loin de l’imaginer médecin urgentiste…

On a essayé de donner à Patty une apparence extrêmement joyeuse. Elle est sexy, porte de la couleur et prend soin d’elle. Ces choses qu’on a tendance à considérer comme oubliées chez une femme atteinte d’un cancer, elle les a mises au premier plan. Sa féminité, son homosexualité, toutes les choses qu’elle avait gardées cachées sortent pendant son cancer. D’après ce que les femmes témoignent, le principe du cancer est d’invisibiliser. C’était très important d’avoir un personnage parmi ses femmes qui soit extrêmement visible. Ce que le look de Patty dit, c’est : « Eh bien, regardez-moi maintenant. »

Son look déstabilise les autres…

Elle s’en sert pour provoquer, déstabiliser et être regardée… On détourne trop souvent les yeux des gens malades. Elle veut être au centre de l’attention.

On est aussi loin des clichés de la représentation des lesbiennes à l’écran…

Il se dégage d’elle une très grande féminité chez cette femme lesbienne. Je trouve cela fort. Cela fait bouger les lignes de représentation. Malgré la diversité d’incarnation possible d’un personnage féminin homosexuel, l’image des cheveux courts et d’une relative masculinité est encore très ancrée. Montrer une femme qui aime les femmes, et, pour autant, exprime de manière absolument enthousiasmante, chaleureuse et naturelle tous les atouts de la féminité, là encore, ça prend à rebrousse-poil l’image d’Epinal !

Avez-vous suivi une formation pour les gestes médicaux que votre personnage prodigue ou y avait-il un consultant sur le plateau ?

Ma doublure pour les scènes de cascades était urgentiste. Elle m’a appris comment se comporter et comment intervenir. J’ai écouté ses conseils et essayé de reproduire tout ce qu’elle m’a dit.

Comment s’est construite l’alchimie, flagrante à l’écran, entre les six actrices ?

Elle s’est bâtie de manière instantanée et éminemment forte. Il y a eu une tempête de neige le premier jour de tournage et il fallait absolument qu’on tourne la scène dans le lieu le plus haut de l’intrigue. On s’est rencontrée et on a joué dans une tempête de neige en marchant des kilomètres, suivies par une équipe technique qui galérait et qu’on essayait de soutenir comme on pouvait en hurlant sous la neige, dans le froid le plus transperçant et sans chaise ! L’image d’Épinal, une fois encore, de l’actrice qui boit son frappuccino dans un fauteuil alors qu’on lui apporte un éventail, était mise à mal ! Cette merveilleuse troupe d’actrices partageait quelque chose : on était derrière le sujet et pas devant. Notre complicité doit beaucoup à la personnalité fédératrice, riche et d’une générosité sans limite de Clémentine Célarié. Elle a toujours fait passer son métier après les préoccupations les plus importantes dans la société : elle a embrassé un séropositif aux yeux de tous au moment où s’était le plus touchy, elle a osé parler de son cancer. La rencontre avec Clémentine a profondément changé ma vie et elle a donné le la de ce groupe de femmes.

Est-ce plus compliqué de jouer en haute montagne qu’à la ville ?

La nature s’est imposée de manière très forte : on randonnait beaucoup, on était en altitude, on passait une heure et demie chaque matin à six dans un œuf datant de René Coty (rires), il n’y avait aucun confort, néanmoins on avait des scènes très fortes à jouer. La nature était un partenaire de jeu, on devait l’envisager comme tel. De nouveau, ce tournage a fait passer les choses moins importantes au second plan. Il faut une grande adaptabilité dans notre métier pour faire une série comme cela.

Qu’est-ce que vous aimeriez que cette série déclenche comme conversations ?

J’aimerais que cela change le regard sur les femmes atteintes de cancer. J’ai tendance à penser que l’humour est, pardonnez-moi l’expression, la vaseline de la vie. Les choses les plus tragiques, les plus sombres qu’on a à traverser dans une vie de femme ou d’homme, la seule façon de les dépasser sans avoir envie de se suicider ou de tuer quelqu’un, c’est de rire collectivement. Il se passe actuellement des bouleversements sociaux très profonds en France, et je crois qu’il ne faut pas oublier le pouvoir fédérateur de l’humour, de l’expérience collective du rire. Pour moi, le rire est très politique. Je pense que le rire et l’humour sont des vecteurs de changement, c’est ce que j’expérimente dans mon spectacle.

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