« Breaking Bad » : « On ne fait pas de la chimie en short ! », des scientifiques débunkent la série

DRogue Ce jeudi, à Nîmes, des experts se pencheront sur la célèbre série qui met en scène un professeur, converti en baron de la méthamphétamine

Nicolas Bonzom
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La série « Breaking Bad » sera débunkée par des scientifiques, ce jeudi soir, au Spot, à Nîmes.
La série « Breaking Bad » sera débunkée par des scientifiques, ce jeudi soir, au Spot, à Nîmes. — PF1/WENN.COM/SIPA
  • Ce jeudi soir, à Nîmes, des scientifiques débunkeront la série « Breaking Bad ».
  • Il y a des choses plutôt improbables dans cette série culte, comme la drôle de tenue vestimentaire du héros, Walter White, quand il fabrique sa drogue. « Quand vous le voyez, uniquement avec un caleçon et un tablier, ça, évidemment, ça n’est pas crédible ! », sourit Zohra Benfodda, maître de conférences en chimie.
  • Mais ce qui est plutôt bien montré, dans « Breaking Bad », ce sont les conséquences dévastatrices de la consommation de la méthamphétamine.

Avez-vous déjà regardé Breaking Bad… avec une chimiste ? Ou avec une neuroscientifique ? C’est l’étonnante expérience que proposent de vivre l’association Instant Science et l’université de Nîmes, ce jeudi à 19 heures, au Spot, à Nîmes (Gard).

Zohra Benfodda, maître de conférences en chimie, et Laurie Galvan, maître de conférences en neurosciences, débunkeront, à l’occasion d’une conférence, les (més) aventures de Walter White, un professeur en phase terminale, converti en baron de la méthamphétamine. Alors, Breaking Bad, c’est réaliste ? Ou y a-t-il de quoi s’étouffer, avec cette histoire de cristaux bricolés dans un van, quand on est un vrai scientifique ?

De la chimie dans un van, « c’est un peu compliqué »

Pour Zohra Benfodda, experte en chimie médicinale, la série, sur bien des aspects, n’est « pas si éloignée de la réalité ». Notamment la verrerie, utilisé par le professeur. Mais il y a des choses qui l’ont fait marrer, tout de même. Il est évident qu’oser une chimie aussi poussée, dans un camping-car, « c’est un peu compliqué », note-t-elle. Et puis, de toute façon, « on ne fait pas de la chimie en short ! », sourit la chercheuse nîmoise. Ni même en sous-vêtements. Car c’est bien vêtu d’un simple slip kangourou que l’on découvre le héros, à l’œuvre, dans le premier épisode de la série culte. « Evidemment qu’en tant que chimiste, j’ai des gants, une blouse… Je n’arrête pas de répéter à mes étudiants qu’il faut porter des chaussettes qui remontent haut, des pantalons longs… Quand vous le voyez, uniquement avec un caleçon et un tablier, ça, évidemment, ça n’est pas crédible ! »

Quant à la recette de la méthamphétamine de Walter White, inutile de tenter de la recréer à la maison. Car, comme le rappelle Zohra Benfodda, les créateurs de la série culte se sont appliqués à ne surtout pas suggérer une recette précise, pour ne pas donner de mauvaises idées aux spectateurs. « L’idée, c’est justement que quelqu’un qui regarde la série ne puisse pas refaire de la méthamphétamine, note la chercheuse. Et puis, même si on vous donne les réactifs, seul un chimiste avec de l’expérience pourrait y parvenir. Je ne pense pas que Monsieur Toutlemonde puisse le refaire. Et puis, rappelons qu’il s’agit une réaction, qui, si on ne la maîtrise pas, peut s’avérer dangereuse. » Et illégale.

« On voit les conséquences directes » de cette drogue

Car la méthamphétamine, au cœur de l’intrigue de Breaking Bad, et ses conséquences dévastatrices, ne sortent pas de l’imagination de Vince Gilligan. Dans la vraie vie, cette drogue de synthèse, qui circulait déjà dans certaines armées pendant la Seconde Guerre mondiale, fait toujours des ravages. « Dans Breaking Bad, la méthamphétamine n’est pas romantisée, confie Laurie Galvan, spécialiste des maladies neurodégénératives. On voit les conséquences directes que cette drogue a sur un être humain. On voit que les deux héros deviennent riches, mais qu’ils détruisent leur vie, et que leur état s’aggrave, au fur et à mesure. Ces choix, qui ont été faits pour la série, sont proches de la réalité. »

Quand une personne consomme cette drogue, « elle n’est plus elle-même, pendant presque 12 heures. Son cerveau est comme piraté. Elle ne ressent qu’une sensation de bonheur et d’euphorie. Elle ne ressent rien d’autre. La personne n’a plus envie de manger, plus envie de rien. » A cause des effets de la méthamphétamine, « on est aveugle par rapport au monde qui nous entoure, aveugle par rapport au danger ». Quand les consommateurs les plus accrocs sortent de cette transe, ils n’ont qu’une envie : recommencer. « Et ça, c’est bien plutôt bien montré, par la série », note la chercheuse. Les effets de la méthamphétamine, comme des autres drogues. Notamment quand Jesse Pinkman, l’acolyte de Walter White, en consomme, avec son amie. « Il se réveille, elle a fait une overdose, il ne s’en est même pas aperçu », relate Laurie Galvan. 

Les risques, sur le long terme, sont terribles. Le corps finit par être totalement court-circuité. « Jusqu’à récemment, on ne pensait pas qu’il soit possible de sortir de cette drogue, même avec une cure de désintoxication », note la chercheuse. Aujourd’hui, il faut plus d’un an, aux plus accrocs, pour réapprendre au cerveau à fonctionner normalement. « C’est clairement l’une des drogues les plus dangereuses. Ses conséquences, et l’addiction qu’elle suscite, sont énormes. » Et ça, c’est assez clair, dans Breaking Bad.

Soirée « Breaking Bad » dans l’œil d’experts, ce jeudi (19 heures) au Spot, à Nîmes. A partir de 16 ans. Entrée libre, sur inscriptions. Renseignements ici.