« Esprit d’hiver » : La mini-série d'Arte métamorphose Audrey Fleurot dans un huis-clos glaçant

THRILLER Audrey Fleurot est l’héroïne troublée et troublante d'« Esprit d’hiver », une mini-série en trois épisodes mise en ligne ce jeudi sur Arte.tv

Anne Demoulin
— 
Audrey Fleurot incarne Nathalie, une autrice en mal d'inspiration, dans "Esprit d'hiver".
Audrey Fleurot incarne Nathalie, une autrice en mal d'inspiration, dans "Esprit d'hiver". — Philippe Warrin
  • La minisérie « Esprit d’hiver » est mise en ligne ce jeudi sur Arte.tv, avant sa diffusion le 10 novembre sur Arte.
  • Cet étrange huis clos hivernal met en scène une Audrey Fleurot blonde dans le rôle de Nathalie, mère désemparée et romancière torturée, qui se retrouve coincée dans un chalet à Noël, avec sa fille Alice, jouée par Lily Taïeb.
  • Dans ce thriller psychologique glaçant, l’héroïne de HPI est épatante

Un troublant tête-à-tête entre une mère et sa fille. Adaptée du roman éponyme de l’Américaine Laura Kasischke, Esprit d’hiver, minisérie en trois épisodes, est mise en ligne sur Arte.tv ce jeudi avant sa diffusion sur la chaîne franco-allemande le 10 novembre à 20h55. Elle met en scène Audrey Fleurot dans le rôle de Nathalie (la mère) et Lily Taïeb dans celui de la fille (Alice), protagoniste d’un étrange huis clos hivernal, réalisé avec minutie par Cyril Mennegun (Louise Wimmer, César 2013 du meilleur premier film, La consolation). Pour l’héroïne de HPI, il s’agit d’un contre-emploi lui permettant de dévoiler de nouvelles facettes de son talent. Elle est épatante dans ce thriller psychologique enneigé aux accents de conte noir et glacé.

« On avait un désir d’aller dans le genre, mais avec des thématiques qui nous obsèdent un peu tous les deux autour de figures de femmes artistes, de rapports mère-enfant. Cyril, qui est un grand lecteur, a proposé Esprit d’hiver et ce fut une évidence », raconte la scénariste Florence Vignon que 20 Minutes a rencontré lors d’une table ronde au Festival de la Fiction TV de La Rochelle.



Audrey Fleurot en blonde hitchcockienne

Dans Esprit d’hiver, Audrey Fleurot campe donc Nathalie, romancière torturée en panne d’inspiration depuis des années, qui retrouve sa capacité à imaginer une histoire à la veille de Noël et laisse les mots courir sur le papier jusqu’à l’aube. A des centaines de kilomètres de là, dans un orphelinat roumain, Iona, 16 ans, met fin à ses jours.

« Je me suis dit que j’allais pouvoir travailler quelque chose qui m’était peu demandé, ou que je n’avais pas eu forcément l’occasion d’aller explorer », se réjouit l’actrice. Nathalie, troublée et troublante, a tout d’une héroïne hitchcockienne : « Ce personnage est sur la faille en permanence, à un endroit de fragilité et de féminité qui n’est pas évident pour moi », confie Audrey Fleurot.

Pour ce rôle, son interprète s’est teinte en blonde. « J’étais très contente de ce changement de tête, parce que, ne pas se reconnaître dans le miroir, cela aide considérablement à incarner un personnage. J’avais l’impression de voir mille et une autres actrices, une sorte d’éternel féminin aussi. Pour m’oublier, c’était super… Même si je ne me définis pas uniquement à ma couleur de cheveux ! », explique-t-elle.

« Audrey donne vraiment tout, elle a une manière de bosser très impressionnante. Elle blague et on se demande quand elle se concentre. Et en même temps, au moment où la caméra démarre, elle est là, présente à 100 % », salue le réalisateur Cyril Mennegun.

« Maternité impossible et enfance brisée »

Au réveil, dans leur chalet isolé en montagne, Marc (Cédric Kahn), son mari, part chercher ses parents à l’aéroport tandis que Nathalie entame les préparatifs du déjeuner de Noël, en espérant qu’Alice, leur fille de 16 ans, accepte de l’aider.

Se met alors en place un huis clos de plus en plus curieux où se mêlent les images du personnage du roman de Nathalie, qui possède les traits de Iona, un tête-à-tête pesant entre une mère et sa fille adolescente, mais aussi des événements inquiétants comme cette étrange silhouette apparue devant l’une des fenêtres du chalet, ainsi que des flash-back où l’on apprend qu’Alice a été adoptée.

« Cette femme a un désir d’adopter très fort cet enfant, avec qui le contact ne s’est pas fait comme elle le souhaitait, parce qu’elle sent viscéralement qu’il y a quelque chose qui ne va pas », commente Audrey Fleurot. Esprit d’hiver explore la question de la maternité impossible et de l’enfance brisée, du lien entre une mère et un enfant adopté, et des relations difficiles entre une mère et sa fille adolescente.

« On passe par toutes les phases auxquelles vous pouvez être confrontée en tant que mère ! Soit vous aimez trop ou pas assez, vous n’êtes jamais au bon endroit, etc. De toute façon, tout est la faute des mères », rit l’actrice. Et d’ajouter : « C’est une mère qui essaye de continuer à avoir ce lien de complicité face à une jeune adulte en train de lui échapper, qui a besoin de se construire elle-même. »

« Mon personnage a 16 ans. Quand on sort de l’adolescence, on a oublié complètement pourquoi on a été fâché, mais on a été fâché pendant des années », déclare Lily Taïeb. Mère et fille s’affrontent ici tout autant qu’elles tentent d’exprimer leur amour.

Le labyrinthe d’Alice

Esprit d’hiver a été presque entièrement tourné en studio. « On a plus de notions du temps dans un studio. On est enfermé dans un cube, dans une fausse maison. C’est rigolo cette mise en abyme, c’est un décor et il y a ce truc méta sur la création, c’est assez troublant », renchérit Audrey Fleurot.

Le décor du chalet a été conçu comme une sorte de labyrinthe, un clin d’œil au chef-d’œuvre de Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles.  « Cette maison représente Nathalie, qui elle est à l’intérieur d’elle-même. Il y a quelque chose de très verrouillé, très isolé, très fermé », souligne Cyril Mennegun.

Au fil des épisodes, l’atmosphère devient de plus en plus suffocante, la frontière entre illusion et réalité de plus en poreuse… Cyril Mennegun construit un habile jeu de piste fait de signes de symboles - comme l’intrigue nouée autour du jour de Noël (et de la Nativité) et une mère hantée par une adoption dans un orphelinat tenu par des religieuses. Une minisérie profonde et sombre que l’on peut revoir et réinterpréter complètement à la lumière de son twist final.