CanneSeries: «Killing Eve» domine la compétition officielle

FESTIVAL La première compétition officielle de CanneSeries n'a pas brillé par son originalité...

De notre envoyé spécial à Cannes, Vincent Julé

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Jodie Comer et Sandra Oh, face-à-face géniale et drôle dans la série «Killing Eve» présentée à CanneSeries
Jodie Comer et Sandra Oh, face-à-face géniale et drôle dans la série «Killing Eve» présentée à CanneSeries — BBC America

Si la complexité et les paradoxes d’un festival de séries s’étaient déjà invités à Séries Mania, et seront toujours là pour son reboot à Lille, ils ont ressurgi de plus belle lors de la première édition de CanneSeries. Pour reprendre les mots de Sandra Oh, l'actrice de Grey's Anatomy venue présenter Killing Eve : « C’est difficile de juger une série sur un seul épisode, non ? Il faudrait voir les trois-quatre premiers, soit à peu près le nombre d’épisodes qu’un spectateur regarde avant de décider si, oui ou non, il continue une série ». Pas mieux.

Sur le modèle des festivals de cinéma, et là du festival de Cannes, les festivals de séries se sont dotés d’une compétition, et même d’une cérémonie de remise de prix : meilleure série, meilleur scénario, meilleure musique, meilleure interprétation… mais pas meilleure réalisation ? Le jury de CanneSeries, présidé par Harlan Coben, doit ainsi départager dix séries internationales pour mercredi soir, sur la base de leur premier épisode, et des deux premiers pour Miguel, un format d’une demi-heure.

Du feuilletonnant, du policier

Des séries qui se sont toutes révélées feuilletonnantes, voire des mini-séries. Pas de formula show, pas d’intrigue bouclée, et en fait pas de pilote, au sens traditionnel et sériel du terme, mais des premiers épisodes, des premiers chapitres. A l’ère de Netflix et de la série premium, la compétition était ainsi acquise aux 6, 8 ou 10 x 60 minutes, avec un gros penchant (un retour en arrière ?) pour le policier, le polar, l’enquête : l’espagnol Félix et son héros Droopy à la recherche de son amour disparue, l’israélien When Heroes Fly sur quatre anciens combattants réunis pour retrouver la soeur de l’un d’entre eux, l’italien Cacciatore qui n’est autre qu’un Gomorra en Sicile, le flamand Undercover et ses agents infiltrés au camping, ou encore l’allemand The Typist qui met en lumière le rôle de la greffière dans la police berlinoise.

Peu d’originalité

Le mélange des genres n’est bien sûr pas interdit, et Félix lorgne vers la comédie, When Heroes Fly le récit de guerre, et Aqui en la Tierra le conte de fées destroy. Mais même dans ces conditions, les séries un peu originales n’ont pas eu de mal à se démarquer, à l’instar de l’israélien Miguel où un jeune gay de 23 ans décide d’adopter un enfant. Après un premier épisode poussif, la série se révèle plus riche et attachante dès le second. Comme quoi. Adaptation d’un format japonais, la coréenne Mother raconte comment une institutrice, pour sauver une de ses élèves victime de maltraitance, décide de l’enlever. La série est a priori une fuite en avant, mais le premier épisode est surtout sur leur rencontre, leur relation, leurs traumas. Et aurait pu en rester là.

Une surprise, une confirmation

La seule vraie surprise est venue de Killing Eve, un jeu du chat et de la souris entre une agent du MI5 et une tueuse, une quadragénaire et une jeune, Sandra Oh et Jodie Comer. C’est prenant, tordu et drôle. Il s’agit également d’une confirmation, celle de sa créatrice Phoebe Waller-Bridge (Fleabag), qui joue ici avec les codes du thriller et impose sa voix différente, unique. Canal + vient d’acheter les droits de la série, d’ores et déjà renouvelée pour une saison 2. Tout comme CanneSéries, de retour en 2019.

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