«Westworld», saison 2: «Avec l'intelligence artificielle, on joue avec le feu»

TELEVISION Alors que la série de HBO revient en simultané sur OCS le 23 avril à 3h, ses créateurs Jonathan Nolan et Lisa Joy parlent conscience, intelligence artificielle et Elon Musk...

Philippe Berry

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L'acteur américain Jeffrey Wright face à une mystérieuse créature dans la saison 2 de la série «Westworld».
L'acteur américain Jeffrey Wright face à une mystérieuse créature dans la saison 2 de la série «Westworld». — HBO

De notre correspondant en Californie,

Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? D’où vient la conscience ? Les machines peuvent-elles éprouver des sentiments ? Vont-elles devenir plus intelligentes que nous et prendre le pouvoir ? Ces questions, qui empêchent Elon Musk de dormir la nuit, sont au cœur de la série Westworld, qui revient le 22 avril sur HBO (et en simultané le 23 à 3h00 sur OCS en France) pour une seconde saison très attendue. Et ses créateurs, Jonathan Nolan et Lisa Joy, n’ont pas tant peur de la technologie que des hommes qui la créent.

Au festival SXSW, début mars, le patron de SpaceX et de Tesla a fait une apparition surprise, pour une discussion passionnante sur la conquête spatiale et le futur de la technologie avec Jonathan Nolan, qui a coécrit le film Interstellar avec son frère, Christopher. « On est amis depuis des années avec Elon, et on débat régulièrement des progrès de l’intelligence artificielle (IA), mais il n’est pas un consultant officiel sur Westworld », sourit Nolan.

« Une course à l’IA sans garde-fou »

Comme Elon Musk, Jonathan Nolan et sa compagne, Lisa Joy, se classent dans la catégorie « des partis inquiets ». « C’est une chose d’avoir peur de l’IA, mais c’en est une autre d’avoir peur des humains qui créent l’IA, avec leur arrogance, sans véritablement comprendre ce qu’ils font, avec la possibilité que la machine apprenne à une vitesse exponentielle. Comme Prométhée, on joue avec le feu », estime Joy.

Les créateurs de la série «Westworld», Jonathan Nolan et Lisa Joy.
Les créateurs de la série «Westworld», Jonathan Nolan et Lisa Joy. - Buchan/Variety/Shutters/SIPA

Nolan précise leur pensée : « Regardez les réseaux sociaux. Au début, on s’émerveillait sur l’inter-connectivité et le dialogue, et aujourd’hui, on réalise que c’est juste une plateforme, qui, comme le père de la propagande Edward Bernays l’a théorisé, peut être exploitée et manipulée. On n’a pas mesuré les effets d’une technologie aussi simple sur la société, et ce sont les mêmes entreprises, Facebook et Google, qui sont lancées dans une course à l’intelligence artificielle, sans aucun garde-fou. Avec Elon, on ne dit pas qu’il faut arrêter, juste qu’il faut prendre le temps de respirer et de réfléchir à notre avenir. »

« Aurons-nous une place dans le monde que nous créons ? »

« Vous pouvez être qui vous voulez et faire tout ce que vous désirez », promet le parc d’attractions de Westworld. Désinhibés par l’absence de normes sociales, la plupart des visiteurs décident de tuer et de violer tandis que ce sont les robots qui font preuve d’humanité. Lisa Joy l’assure en riant, « Westworld est une série assez optimiste… si vous êtes un hôte (un robot) ».

Pour cette nouvelle saison, Nolan et Joy ont consulté « des experts en neurosciences, en psychologie et en épigénétique pour explorer l’origine de la conscience et de l’identité ». Avec l’éclosion de leur conscience, les robots, menés par Thandie Newton et Evan Rachel Wood, vont connaître les joies de la crise existentielle et être confrontés au défi ultime du libre arbitre et de l’instinct de survie. Pour Jonathan Nolan, la question est la même pour les humains de Westworld que pour nous : « Aurons-nous une place dans le monde que nous créons ? »