«The Looming Tower» : «J'ai pris du plaisir à bosser avec Tahar Rahim», salue Jeff Daniels

INTERVIEW L'Américain Jeff Daniels et le Français Tahar Rahim partagent l'affiche d'une série sur les coulisses du 11-Septembre. «20 Minutes» a rencontré le duo...

Propos recueillis par Anne Demoulin

— 

Jeff Daniels et Tahar Rahim dans «The Looming Tower».
Jeff Daniels et Tahar Rahim dans «The Looming Tower». — JoJo Whilden/Hulu

Retracer la vraie histoire du 11-Septembre. Adaptée du best-seller et prix Pulitzer de Lawrence Wright, La Guerre cachée : Al-Qaida et les origines du terrorisme islamiste (The Looming Tower : Al Queda and the Road to 9/11), la série The Looming Tower, disponible ce vendredi sur Amazon Prime Video, montre comment la rivalité entre le FBI et la CIA a empêché les services de renseignement américains d’être pleinement efficaces, alors même qu’ils servaient un objectif commun : prévenir un attentat sur le sol américain. Cette série suit les investigations de l’ancien dirigeant de la cellule antiterroriste du FBI à New York, John O’Neill, campé par Jeff Daniels et de son poulain, Ali Soufan, interprété par le Français Tahar Rahim, jeune agent musulman et arabophone. Rencontre avec le duo.

Tahar Rahim, comment êtes-vous arrivé sur « The Looming Tower » ?

Mon agent américain m’a appelé pour me dire que Dan Futterman et Alex Gibney préparaient une série autour du 11-Septembre. J’ai d’abord répondu non parce que je pensais que cela allait être cliché. Ali, mon agent a insisté pour que je jette un œil. J’ai lu les deux premiers épisodes, et j’ai accroché. J’ai dit à la production que j’allais appeler Ali avant de revenir vers eux. Je parlais de mon agent, et eux, ils ont pensé que je parlais d’Ali Soufan. Je me suis donc retrouvé au téléphone avec le véritable Ali Soufan. En raccrochant, je me suis dit : « Il n’y a pas de raison de dire non ».

Vous avez aussi rencontré Lawrence Wright…

T.R. Oui. Lawrence Wright est quelqu’un avec qui on ne discute pas beaucoup parce qu’on l’écoute beaucoup plus qu’on ne parle. C’est un homme très classe, extrêmement cultivé et juste dans ce qu’il veut transmettre. C’était très enrichissant. Il m’a permis de mieux comprendre le contexte de l’époque et les racines du 11-Septembre. C’est un homme fascinant.

Et vous, Jeff Daniels, pourquoi avoir accepté d’incarner John O’Neil ?

Parce que je ne savais pas comment le jouer ! On ne me demandait pas de jouer quelque chose que j’avais déjà fait, ce qui n’arrive pas souvent à Hollywood. J’ai accepté parce que c’était une sorte de challenge.

Comment avez-vous préparé le rôle ?

J.D. On a lu le livre de Lawrence Wright, on a passé du temps avec lui, avec les collègues de John O’Neill dont Ali Soufan. C’est comme ça que j’ai réussi à me faire une assez bonne idée de ce qui motivait ce gars.

Et qu’est-ce qui motive John O’Neill ?

J.D. Les collègues de John O’Neill m’ont dit que son véritable amour, c’était le FBI. J’ai décidé d’en faire en quelque sorte sa maison. Il y était de 6 heures du matin jusqu’à minuit. Il ne s’arrêtait jamais. Il aurait fait n’importe quoi pour les hommes et les femmes du FBI. Plus tard, le FBI l’a mis dehors parce qu’il était toujours dans le conflit.

D’où vient sa colère ?

J.D. Il n’a pas la fibre politique et il se retrouve à Washington DC à bosser avec des bureaucrates. Ces gens font de la rétention d’informations dont il a besoin pour sauver des vies, et il a une tolérance zéro vis-à-vis de ça. Il voit les choses à court terme. Il n’a pas fait Harvard ou Yale, il s’est formé dans la rue. Il n’a aucune patience avec les petits jeux de Martin Schmidt. Il perd souvent son sang-froid, surtout quand il s’agit de quelque chose dans lequel il croit et qui lui semble juste.

Tahar Rahim, comment avez-vous abordé le personnage d’Ali ?

T.R. Quand on doit interpréter quelqu’un qui existe, il n’y a pas mille façons de faire. A mon sens, il y en a deux. On peut imiter la personne ou s’en éloigner. Ali Soufan n’est pas aussi identifiable que Dick Clarke qu’on a vu à la télévision, joué par Michael Stuhlbarg. J’ai trouvé que c’était plus intéressant d’aller capter son âme et de le faire parler au travers moi. Il y a deux Ali, le réel et le fictif. Je n’ai jamais rencontré un citoyen américain aussi amoureux de son pays, les Etats-Unis. Ce n’est pas pour autant qu’il a oublié sa deuxième culture. Quant au personnage, je me suis demandé pourquoi un jeune de 26/27 ans a envie de sauver le monde ? Je me suis inventé une back story parce qu’Ali Soufan en parle peu. Pour moi, il a traversé la guerre civile au Liban et s’est senti impuissant parce que trop jeune. Comme il a pu se construire une nouvelle vie aux Etats-Unis, il a eu envie de rendre la pareille et il s’est engagé au FBI.

Quelle est la mécanique du duo formé par John O’Neill et Ali Soufan ?

J.D. Au départ, il embauche Ali parce qu’il a besoin de quelqu’un qui parle arabe. Ce jeune type est formidable. Ce jeune américain musulman agent du FBI peut infiltrer le monde que John a besoin de connaître. Chemin faisant, ce gamin devient un très bon agent et avec John, ils développent une sorte de relation père/fils. John n’est pas quelqu’un avec qui il est facile de bosser, Ali supporte ça. Je pense qu’ils s’aiment profondément et qu’ils prennent soin l’un de l’autre.

Comment s’est passée votre collaboration avec Tahar Rahim ?

J.D. Je ne savais pas qui il était avant de bosser avec lui. Il a fait un très bon travail. Il n’a pas autant d’expérience que moi, Peter Sarsgaard ou Michael Stuhlbarg, parce qu’il est jeune. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas bon, parce qu’il l’est. Il s’est très bien intégré. Il a appris très rapidement ce que c’était que d’être à l’écoute des autres acteurs. Il était préparé, professionnel, prêt. J’ai pris du plaisir à bosser avec lui.

Et vous Tahar Rahim, comment c’était de jouer avec Jeff Daniels ?

T.R. Jeff est complètement dévoué à son travail. Avec lui, il suffit d’être à l’écoute et de suivre et on se fait porter.

Que retenez de cette expérience américaine ?

T.R. J’ai aimé leur professionnalisme, leur abnégation. J’ai aimé le fait qu’ils ne sont pas dans l’affect quand il s’agit du travail. Le rythme était très soutenu, c’était physique ! On a tourné dix heures de film exploitable en six mois.

Votre accent en anglais est impeccable…

T.R. J’ai eu une énorme préparation avec des coachs pour être crédible en tant que citoyen américain. J’ai travaillé quatre heures par jour pendant deux mois. J’ai passé quatre mois avec eux et, à un moment, il y a une sorte d’automatisme qui s’installe. J’ai aussi dû travailler l’arabe. Je ne parle pas libanais. C’était plus compliqué pour moi que l’anglais.

Seriez-vous prêt à vous installer aux Etats-Unis ?

T.R. Partir là-bas, non, mais j’espère que la série va me permettre de continuer de travailler là-bas, tout en gardant une exigence et une cohérence artistique par rapport à mon chemin d’acteur.

En quoi cette série sur le 11-Septembre est toujours pertinente aujourd’hui ?

J.D. La série pose des questions qui n’ont toujours pas de réponses. On apprend de l’histoire. The Looming Tower regarde 17 ans en arrière et se demande : qu’est-ce que nous avons mal fait ?

À l’époque, un attentat sur le sol américain était inimaginable…

J.D. C’est comparable avec ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis avec Donald Trump. Avant le 11-Septembre, nous avions un gouvernement établi, les gens en place à l’époque à la tête de tous les services avaient une expertise incroyable et étaient brillants, bien informé, expérimentés et compétents. Nous n’avons plus ça. À l’époque, on avait ça et le 11-Septembre s’est produit. Cela m’inquiète. Le cirque que nous avons… Je crois que nous n’avons jamais été aussi vulnérables.