Festival Séries Mania: «Le plus dur est de dire “non” à une série qu’on a aimée», confie le directeur artistique

INTERVIEW A deux mois du lancement du festival, Frédéric Lavigne, directeur artistique de Séries Mania à Lille, a livré à «20 Minutes» les secrets de la programmation de l’événement…

Anne Demoulin

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Frédéric Lavigne est le directeur artistique du Festival Series Mania Lille.
Frédéric Lavigne est le directeur artistique du Festival Series Mania Lille. — Series Mania

Une cinquantaine de séries présentées, et une centaine de projections. Dans deux mois, le 27 avril précisément, s’ouvrira le festival Séries Mania, à Lille. « Nous voulons faire de Séries Mania le lieu où l’on peut découvrir toute la créativité européenne et mondiale en séries », ambitionne la directrice générale de l’événement, Laurence Herszberg. Une mission confiée à Frédéric Lavigne, directeur artistique de l’événement depuis sa création à Paris en 2010, en charge de la programmation, qui a livré à 20 Minutes, ses secrets pour dénicher les meilleures séries à venir.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur la programmation ?

Entre deux éditions, de fin avril à septembre, nous assurons une veille qui consiste notamment à lire la presse professionnelle américaine, britannique et française. Le Film Français, par exemple, publie des informations sur les séries en préparation en France. Le travail de prospection commence vraiment à partir de septembre.

En quoi consiste ce travail de prospection ?

Il s’agit tout d’abord de faire un état des lieux des séries en préparation en France et à l’étranger. De septembre à novembre, nous reprenons contact avec tous les professionnels du secteur, à savoir les chaînes de télévision, les producteurs et les distributeurs. Nous nous déplaçons beaucoup, sur des événements comme le MipCom à Cannes ou le C21 à Londres, mais aussi en Europe du Nord, en Belgique, en Israël et aux Etats-Unis. À Los Angeles, on discute avec les studios, mais aussi avec les agents pour savoir quels acteurs et quels showrunners seront disponibles pour venir à Séries Mania. Je me rends également à des showcases organisés par des distributeurs pour les acheteurs, là, je repère des longs trailers de séries en préparation. Nous faisons aussi un appel à projet de séries. Il y a donc une partie de la recherche qui est proactive, l’autre plus passive, où l’on reçoit beaucoup de séries.

Il paraît que vous avez un réseau de dénicheurs de séries dans le monde…

Nous avons en effet quatre ou cinq conseillers qui couvrent les territoires comme la Russie, l’Australie, l’Amérique du Sud et l’Asie… Ils travaillent généralement dans le secteur de l’industrie audiovisuelle locale et nous disent : « Tiens, j’ai repéré telle ou telle série ».

Comment procédez-vous pour visionner les séries ?

On visionne les séries de janvier jusqu’à la conférence de presse où l’on annonce la programmation. J’ai une équipe de quatre personnes qui travaille avec moi. Pour l’édition de l’an passé, on a regardé environ 300 séries. À chaque fois, on regarde un ou deux épisodes. Nous recevons des copies de travail, ce sont des versions souvent pas tout à fait terminées.

C’est quoi le profil de vos visionneurs de série ?

L’équipe est constituée de jeunes et de personnes plus établies. Ils ont en commun de connaître bien le secteur de l’audiovisuel et de savoir parler anglais. Ils ont des parcours et des sensibilités très différentes. Il y a, par exemple, quelqu’un qui est spécialisé dans les formats courts, un autre a déjà travaillé sur un autre festival, un troisième est spécialisé dans tout ce qui concerne l’organisation des conférences et des master class. Certains aiment les séries américaines, d’autres les séries plus exotiques. J’ai voulu une équipe éclectique, parce que les 50 ou 60 séries que l’on va sélectionner doivent représenter toute la diversité de la production de séries et pas nos goûts personnels.

Comment faites-vous pour sélectionner les séries ?

On discute beaucoup ! Mon équipe et moi-même travaillons dans le même espace. On échange quotidiennement. On fait une réunion formelle chaque semaine et une fois tous les quinze jours avec les conseillers. Enfin, on fait le point avec Laurence Herszberg et on décide quelle série on invite. Ensuite, il faut vérifier si la date de diffusion de la série n’a pas changé ou si la série n’a pas été sélectionnée dans un autre festival. En compétition, nous présentons des séries en avant-première mondiale ! Il faut convaincre les producteurs de la série de la présenter chez nous.

Quelle est la plus grosse difficulté dans ce travail de sélection ?

Notre travail consiste aussi à homogénéiser la programmation qui doit être ouverte et variée tant au niveau des genres que des nations représentées. Il arrive parfois qu’on refuse une série, même si elle nous a plu, parce que cela déséquilibre la programmation. Le plus dur est donc de réussir à dire « non » et d’expliquer pourquoi on a dit « non ».

Les disponibilités des acteurs et des showrunners en tant qu’invité jouent-elles dans la programmation ?

Cela rentre en jeu dans la composition du jury, évidemment, dans les hommages, mais pas dans la compétition. Une série est le fruit d’un travail d’équipe, entre les scénaristes, les showrunners, les producteurs, les acteurs, on trouve toujours quelqu’un. Notre objectif, en tant que festival, est de toujours proposer au public une séance incarnée.

 

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