«The Walking Dead»: Quand les séries usent et abusent des morts de personnages

RED IS DEAD Un des personnages principaux de «The Walking Dead» a tiré sa révérence, encore un...

Vincent Julé

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«The Walking Dead» a pour l'instant épargné son héros Rick, pour l'instant...
«The Walking Dead» a pour l'instant épargné son héros Rick, pour l'instant... — Gene Page/AMC

Et un de plus ! Un autre héros de The Walking Dead est mort* dimanche, lors du retour de la saison 8 après la pause hivernale. Quelle surprise, non ? Non, parce que son sort était déjà scellé depuis le finale de la mi-saison, mais aussi parce que la série ne fait plus que ça, elle tue ses personnages les uns après les autres, le plus violemment possible, le plus souvent en début ou fin de saison. C’est devenu quasiment son seul enjeu narratif, sa seule manière d’exister :  qui va mourir, et comment ?

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« La mort d’un personnage, c’est avant tout le départ d’un acteur »

Mais The Walking Dead n’est pas la seule, Game of Thrones affiche également un taux de mortalité record. Alors, bien sûr, la mort fait partie de la vie, mais encore plus de la vie des séries. Urgences et Grey's Anatomy ne comptent-elles pas autant de décès chez ses médecins que chez ses patients ? On exagère à peine.

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« La mort d’un personnage peut être simple, pragmatique, elle l’a longtemps été. Il s’agit du départ d’un acteur, explique Vladimir Lifschutz, auteur du livre This is the end – Finir une série (Presses universitaires François-Rabelais). Les acteurs n’avaient pas forcément envie de s’éterniser à la télévision, voulaient faire la bascule et une carrière au cinéma. Il fallait donc leur trouver une porte de sortie. La mort était une possibilité, et surtout une opportunité pour les auteurs de créer du drame, de l’émotion. Par exemple, Patrick Duffy a demandé à quitter Dallas en fin de saison 8 et Bobby Ewing a donc été tué…. pour mieux revenir en saison 10. On ne vous dit pas comment, on le garde pour les 40 ans de la série en avril.

Un lien très fort avec le spectateur

Les années 1980 voient des séries comme Hôpital St Elsewhere jouer avec la mort de ses personnages, déjà à l’époque des docteurs, mais « selon une logique narrative et non contractuelle », précise le spécialiste. « On assiste à un rééquilibrage, puis une montée en puissance, qui trouve son paroxysme aujourd’hui dans The Walking Dead, Game of Thrones et même Breaking Bad. L’un des moteurs de la série est tout de même de savoir quand et comment va mourir Walter White, car il ne peut en être autrement. »

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Mais la mort n’a pas seulement pour but de se débarrasser d’un personnage ou d’un acteur, elle participe à créer un lien très fort avec le spectateur, et le mort peut continuer d’exister dans la série, à travers les autres personnages. C’est tout l’enjeu autour de Jack dans This is Us, et l’une des raisons du succès de la série. « Avant, le contrat tacite entre la série et le public était plutôt rassurant : "viens te mettre au chaud devant la télé, retrouver tes héros chaque semaine", éclaire Vladimir Lifschutz. Mais maintenant, il a changé, évolué. Avec la multiplication des chaînes et des supports de diffusion, il faut que les séries se démarquent, créent toujours la surprise. » Jusqu’à l’excès, l’artifice ?

Faire son deuil

« The Walking Dead semble avoir rompu l’équilibre, lance l’auteur de This is the end - Finir une série. Les mises à mort se répètent à l’infini, leur mise en scène aussi, avec un surgissement de la violence, une volonté de choquer. On peut y voir un manque de créativité, mais surtout, le spectateur n’a pas le temps de faire son deuil. » On se souvient tous du massacre de Negan, et son suspense morbide, en début de saison 7.

Les auteurs ont peut-être entendu la colère et la frustration des fans, car l’épisode de dimanche - ATTENTION SPOILERS - était moins sur la mort de Carl que sur ses adieux. « La mort par morsure implique un temps de flottement, de transformation, et de deuil pour les autres personnages et pour les spectateurs », explique Vladimir Lifschutz.

Ce n’est pas un hasard si la fin d’une série marque aussi souvent celle de son héros : « C’est à la fois l’émotion à son paroxysme, et l’occasion de faire le deuil de la série et de son univers. D’ailleurs, les héros peuvent "partir", mourir, mais aussi partir, géographiquement. La série amène le spectateur à faire sa catharsis, à passer à autre chose. » A une autre série ?

*Il y a plus de dix «morts» dans cet article, c'est beaucoup, mais c'est moins que dans The Walking Dead.